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Sommaire | " PRODUCTIONS " | Lait | Article n°9876 |
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Face à la grève du lait, les réactions divergent
 

POUR


Françoise et Pascal Lavenant, Saint-Barthélémy (56)
Roger Le Diagon, Baud (56)


"L’éleveur doit rester maître de sa production"


"C'est difficile d'ouvrir la vanne du tank et de laisser filer le fruit de notre travail", confient Roger Le Diouron de Baud, Françoise et Pascal Lavenant de St Barthélémy. "C'est une question de survie pour notre profession". Avec 208 000 L de lait, des vaches allaitantes et 47 ha, Roger a calculé son prix de revient, hors rémunération : 306 euros/1000L, après 28 ans de métier et peu d'investissements. Pour Françoise et Pascal (353 000 L, des veaux label et 82 ha), ce prix de revient se situe au-dessus de 310 euros. Avec les prix de vente des derniers mois (de 245 à 272 euros/1 000 L), le compte n'y est pas. "Mon délai de survie est de 15 mois", estime Roger, malgré ses charges faibles par rapport à la moyenne des éleveurs. "Dans un tel contexte, on ne peut pas rester sans agir".   


Ils ont entamé la grève du lait jeudi. Une solution ultime, individuelle et volontaire, choisie après "l'échec des négociations professionnelles menées par des organisations dans lesquelles on ne se reconnaît plus. Nous sommes plus crédibles en restant dans nos exploitations, au lieu de manifester et de casser", considèrent Françoise et Pascal. À l'entrée de l'exploitation de Roger, un panneau "Ici, don de lait de 18h30 à 19h30". "C'est l'une de nos actions fortes qui se prolonge sur les marchés et dans les magasins, pour échanger avec le public et partager notre angoisse de travailler à perte. Les gens sont très sensibles et ne comprennent pas l'écart entre le prix qu'ils payent et celui de l'éleveur".  


Quelles solutions ? Une régulation de la production au niveau européen, un prix rémunérateur pour les mêmes normes de qualité. "Le volume de lait doit être adapté à la demande, quitte à travailler plus quand cette demande augmente". Le système canadien leur conviendrait, mais pas la contractualisation, trop proche de l'intégration. "La matière première nous appartient, l'éleveur doit rester maître de sa production". Pour mener ces revendications, ils ont choisi l'Apli, sans étiquette syndicale et l'EMB. "C'est important de se battre, de montrer qu'on existe et qu'on veut maintenir une production laitière à dimension familiale".     


Recueilli par Patrick Bégos






CONTRE


Nicolas Le Cam, Pluguffan (29)


"Une grève du lait ne fera qu’affaiblir la position française"


Nicolas Le Cam a décidé de ne pas faire la grève du lait. Ce jeune producteur, installé en Gaec avec sa mère, Marie-Louise, et son frère, Philippe, a longuement pesé le pour et le contre. Pour finalement ne pas adhérer au mouvement.
« Comme beaucoup de producteurs, j’ai participé à deux rencontres organisées par l’Apli. Dans l’enthousiasme de la réunion, l’argumentaire développé par les responsables m’a séduit. J’ai même adhéré à l’association », explique l’éleveur. Un éleveur qui, ne voulant pas se satisfaire d’un seul son de cloche, cherche alors à multiplier les sources d’information. « J’ai participé à une réunion de la section laitière de la FDSEA. J’ai consulté la presse et beaucoup Internet pour en savoir plus sur l’état du marché laitier européen et mondial ». Pour constater que « personne n’échappe à la crise économique mondiale. Y compris l’agriculture ».
À cela s’ajoute la conviction que l’Europe laitière avance à deux vitesses. « La production allemande augmente de 8 % ; la Grande-Bretagne, l’Irlande et la France sont en sous-réalisation. Tant qu’il n’y aura pas de vraie volonté de régulation européenne partagée par tous, une grève du lait ne fera qu’affaiblir la position française qui représente déjà 80 % de la sous-réalisation européenne ». Et Nicolas Le Cam d’ajouter : « J’aurais été pour la grève du lait si la production diminuait dans tous les pays de l’Union. »
Autre argument avancé par ce producteur pour expliquer son choix : les conséquences financières pour l’exploitation. « Pour espérer être efficace, il faut avoir les moyens de tenir 15 jours à 1 mois. Or, à ce tarif, le prix à payer est trop élevé ». Une analyse que n’est pas loin de partager son père qui a connu une autre grève, celle de 1972. « Elle avait duré 15 jours. On avait gagné quelques centimes. L’accord avait été dénoncé 3 mois plus tard… ». Et « balancer son lait aurait aussi pour conséquence de banaliser un produit qui bénéficie pour l’instant d’une bonne image ».

Recueilli par Didier Le Du



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Date de l'article : semaine du N° du 18 au 24 Septembre 2009
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La révolution rurale des années 60





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