
La crise laitière, mais surtout la grève des livraisons, amorcée ces derniers jours, se sont invitées à cette 23e édition du Space. APLI, EMB et Confédération Paysanne avaient décidé de s’en prendre directement à Jean-Michel Lemétayer président du Space. Mais c’est surtout le président de la FNSEA qui était visé. Ils ne l’ont d’ailleurs pas ménagé.
Dès le milieu de la matinée, une cinquantaine de tracteurs a convergé vers le Space. Bloqués à quelques centaines, les manifestants ont néanmoins pu entrer, sans les tracteurs, dans l’enceinte du salon. Rapidement les esprits se sont échauffés, avec donc pour cible unique, Jean Michel Lemétayer.
Pendant des heures, il a dû se résoudre à rester enfermer, essuyant la foudre des producteurs laitiers en colère. Il a tenté une sortie pour nouer le dialogue. S’en est suivie une confusion indescriptible au bruit de « démission », de « Jean-Mimi à la traite », et de quelques autres slogans pas toujours très glorieux.
Alors que lui reproche t-on ?
Le prix : EMB, APLI et Confédération Paysanne ont toujours dénoncé l’accord du prix conclu en juin. La situation est d’autant plus tendue en Bretagne que le dossier d’Entremont Alliance, avec un prix décroché par rapport aux autres entreprises, concerne plusieurs milliers de producteurs. La FNPL est seule à représenter les producteurs dans l’interprofession laitière face aux coopératives et industriels. Aux yeux des contestataires, elle porte donc la responsabilité du prix jugé trop bas.
La grève : Il lui est reproché de ne pas vouloir donner la consigne aux producteurs de s’engager dans la grève du lait. EMB et surtout APLI qui compte aussi dans ses rangs des adhérents des FDSEA et des Jeunes Agriculteurs veulent forcer la main du syndicat majoritaire.
Les aides : Le président de la FNSEA réclame des aides d’urgence pour sauver les producteurs en attendant des jours meilleurs et des décisions politiques au niveau de l’Europe. Le relèvement immédiat des prix est la seule réponse acceptable pour ses opposants.
La contractualisation : Le sujet est sensible. D’un côté, le syndicalisme majoritaire veut d’ores et déjà préparer l’après quotas, tout en réclamant des outils de régulation et de gestion de marchés. De l’autre, le seul mot de contractualisation est immédiatement rejeté et assimilé à de l’intégration. Un projet de la Fédération des coopératives laitière a en outre circulé et certaines dispositions sur l’approvisionnement total ont alimenté la polémique.
Dialogue impossible
Le dialogue est quasi impossible. Du côté de l’APLI-EMB, la volonté de discuter (une rencontre à d’ailleurs eu lieu) existe avec une exigence ; « que Jean-Michel Lemétayer appelle ses troupes à la grève ». Or, c’est une stratégie que se refuse à adopter la structure FNSEA-FNPL. Il la juge trop risquée pour la santé financière des élevages, peu efficace dans le contexte actuel de surproduction, surtout que l’impact européen ne lui paraît pas démontré. Il préfère la négociation et la pression auprès des pouvoirs publics.
A la Confédération Paysanne le discours est beaucoup plus radical. Mardi, ses responsables refusaient d’ailleurs toute discussion avec Jean-Michel Lemétayer, et voulait l’empêcher de s’exprimer devant le ministre.
Au final, les syndicats minoritaires et l’APLI pouvaient donc au terme de cette journée se satisfaire d’avoir perturbé l’inauguration et d’affaiblir le syndicat majoritaire sur le terrain, puisqu’il est réel que des adhérents FDSEA/JA suivent le mouvement. De là à dire qu’ils en sortiront gagnant ? Sans doute, essayeront-ils de mettre à profit cette action pour amplifier le mouvement de grève sur le terrain. Ils annonçaient haut et fort 30, 40, 50 % de grévistes, alors que les entreprises l’estimaient en début de semaine à moins de 10%. Mais les décisions se prennent beaucoup plus haut.
Pierre Dénès
Photo : Laurent Kerlir, président de la FRSEA a dû subir l’assaut verbal de producteurs de son département, parfois des adhérents.
EMB : European milk Board
APLI : Association des producteurs de lait indépendants