
Jacques Jaouen, président de la Chambre régionale d’agriculture, entouré de Laurent Kerlir, président de la FRSEA Bretagne, de Jean-Marie Mingant, co-président des Jeunes Agriculteurs, Georges Galardon, vice-président de Coop de France Ouest, de Michel Bloc’h, président de l’UGPVB et de Joseph Rousseau, président du Cerafel, a dressé un tableau particulièrement sombre de la situation des productions agricoles.
La crise économique et financière a fait des ravages, entraînant à la fois une baisse de la consommation mondiale, des difficultés à exporter faute de garanties bancaires suffisantes, un déficit de compétitivité lié aux distorsions de concurrence, notamment sur le plan social.
« En Allemagne, les abattoirs emploient des salariés d’Europe de l’Est à 700-800 euros mensuel. Cela fait un différentiel de 5 euros du porc, et 150 000 euros par semaine pour un abattoirs moyen breton (30 000 porcs par semaine) », souligne Michel Bloc’h. L’immobilisme des instances européennes toujours très frileuses à activer les outils de régulation (restitutions à l’exportation, stockage …) exaspère.
Pour toutes ces raisons, le marché intérieur est très convoité. Joseph Rousseau donne l’exemple des légumes du Bénélux qui allaient vers le marché russe, revenant aujourd’hui sur le marché communautaire. La production de tomates connaît une campagne catastrophique. Ce qui risque de mettre en danger de nombreuses exploitations, à défaut d’un redressement rapide.
Etablir une relation citoyenne
Les conséquences de toutes ces distorsions, ce sont donc des prix très bas dans toutes les productions, et des entreprises qui peinent à valoriser la production. Et si dans l’immédiat Michel Bloc’h rappelle que pour toute les productions il faut un accompagnement à l’exportation (assurance crédits et restitutions), il est aussi persuadé que l’harmonisation sociale sera longue à s’opérer.
Aussi il veut bâtir une relation citoyenne avec la distribution et le consommateur. « En production porcine, nous devons bâtir un cahier des charges qui valorise nos acquis environnementaux, nos acquis sociaux et nos acquis sanitaires ». Il compte ensuite sur le civisme des distributeurs « qui écoulent 80 % de la viande de porcs » pour valoriser cette production tracée.
Une Europe des disparités qui fait donc souffrir l’agriculture bretonne en 2009. Georges Galardon estime à 600 millions d’euros la perte de chiffre d’affaires pour la ferme bretonne pour les seuls secteurs du lait, du porc et des céréales. « Le monde agricole est au bord de l’explosion ». Il est rejoint dans son analyse par Jean-Marie Mingant, étonné que les élus ne s’approprient pas « ce dossier économique essentiel pour l’avenir de la région ». Car estime t-il, « c’est grave, mais cela pourrait être encore pire dans les mois à venir, si rien n’est fait ».
La contractualisation à bâtir
Pour Laurent Kerlir, certes ce tableau est noir. Mais il y a aussi quelques lueurs d’espoir. Ainsi sur le dossier laitier, il est satisfait qu’un projet de reprise du groupe Entremont Alliance par un groupe coopératif soit engagé. Il a rappelé les demandes professionnelles : le respect de l’accord interprofessionnel (262 euros/1000 litres sur l’année), le report en fin de tableau des annuités et la prise en charge des intérêts par les banques et l’Etat, jugeant l’enveloppe de 30 millions d’euros insuffisantes.
Il se positionne sur le dossier de la contractualisation. « La loi de modernisation agricole doit permettre de repenser la relation éleveurs/tranformateurs au travers notamment de organisations de producteurs (OP) ou des associations (AOP) ». Reste cependant à régler l’articulation de ces relations avec le statut de la coopération. Il a également
rappelé la nécessaire mutualisation. Un dossier délicat qui risque de faire débat, car il s’agit de rétablir un certain équilibre entre ceux qui ont un mix-produits favorable et ceux qui sont dans une situation plus tendue avec un mix-produits défavorable (beurre-poudre).
Jacques Jaouen , après avoir rappelé le poids économique et social de l’agriculture et de l’agroalimentaire bretonne conclut : « La situation économique est complexe. Mais il faut redonner espoir aux agriculteurs et notamment aux jeunes qui s’installent ».
Pierre Dénès
Légende : De gauche à droite : Georges Galardon, vice-président de Coop de France Ouest et Michel Bloc’h, président de l’UGPVB, Jacques Jaouen, président de la Chambre régionale d’agriculture, Laurent Kerlir, président de la FRSEA Bretagne, Joseph Rousseau, président du Cerafel, Jean-Marie Mingant, co-président des Jeunes Agriculteurs.