
Après un bon début de récolte, les agriculteurs ont subi des conditions climatiques chaotiques. Une pression difficile à supporter quand la culture est à maturité et que les machines attendent. Globalement, le bilan a été bon, malgré les situations particulières. Philippe André, nouveau président de la section céréales de Coopagri Bretagne, livre ses impressions sur cette récolte 2009.
Orge : de bons résultats
Pour la seconde année consécutive, on note une progression des rendements qui s'échelonnent entre 65 et 68 q/ha. La collecte est en progression avec une bonne qualité (PS moyen de 65). 2009 confirme donc les bons résultats de l'an passé, ce qui montre qu'avec le progrès génétique, les variétés d'orge ont un bon potentiel de rendement. Cette céréale secondaire a toute sa place dans les assolements. Par ailleurs, l'orge de printemps a donné de bons résultats. Elle apporte une solution aux exploitations souhaitant épandre des déjections animales, avant la mise en place de la culture. Compte tenu de l'offre globale élevée en France et en Europe, les prix restent bas (105 à 110 euros/t, rendu Pontivy). L'alimentation animale constitue le principal débouché.
Colza : une bonne année
Les surfaces bretonnes sont en baisse de l'ordre de 10 à 12 %. Mais la collecte n'a pas baissé, compte tenu de bons rendements (38 à 40 q/ha), supérieurs à 2008. Techniquement, la culture a bien répondu, après deux mauvaises années. Le colza valorise bien les déjections animales. Le principal frein au développement reste la variabilité des rendements, même quand tout a été bien fait. Les conditions climatiques et l'effet année sont importants.
Les acomptes « producteurs » se sont calés sur un prix de vente rendu usine de Montoir à 265 euros/t. Ce prix de base est garanti par Diester Industrie. Il peut bénéficier de compléments de prix qui dépendront de la valorisation du Diester. Ce marché est lié à l'évolution du prix du pétrole. La mise en route des usines de trituration et d'estérification de Montoir-St Nazaire apporte un débouché de proximité qu'il serait dommage de ne pas satisfaire, à moyen terme. Ces usines produisent aussi du tourteau de colza, intéressant pour les productions animales de l'Ouest.
Blé : une hétérogénéité des rendements
La récolte a été freinée du 20 juillet aux premiers jours d'août. Puis, le beau temps et le renfort des machines ont permis de terminer dans de bonnes conditions. Globalement, les rendements ont été bons et supérieurs à 2008, avec des zones entre 90 et 100 q/ha. Dans l'Est de la Bretagne, les rendements ont été meilleurs qu'à l'Ouest, à cause des conditions météo. Le PS moyen s'est situé autour de 75 et le taux d'humidité légèrement supérieur à 15 %, ce qui a entraîné un séchage partiel. On note une variabilité des rendements liée à la date de semis et à la protection fongicide.
Le marché est lourd, compte tenu d'une très bonne récolte nationale et du déstockage réalisé en juin, dans les exploitations céréalières du Centre. Jusqu'à cette date, elles avaient fait de la "rétention", dans l'espoir de meilleurs prix. Ce déstockage a entraîné un encombrement des silos portuaires et un marasme du marché (117 euros/t, rendu Pontivy). Dans le contexte actuel, l'alimentation animale achète peu de blé mais plutôt de l'orge et du triticale proposés à un prix inférieur. En 2008/2009, le prix de revient du blé est supérieur au prix d'acompte versé. D'autant plus qu'il a fallu faire face à des coûts d'intrants plus élevés, notamment pour la fertilisation azotée. À terme, cette situation ne peut pas durer. Pour la prochaine campagne, ce déséquilibre ne doit pas conduire les exploitations les plus fragiles à des choix d'itinéraires culturaux qui seraient préjudiciables au rendement et à la qualité. Malgré ces prix bas, il faut rester vigilant aux fondamentaux de la conduite culturale pour conserver la qualité sanitaire et les taux de protéines et se donner ainsi les moyens de vendre à l'exportation, une partie de la collecte.
Triticale : de bons rendements
Les surfaces sont en baisse significative, mais les rendements sont bons ainsi que la qualité. Cette céréale intéresse l'alimentation animale à condition d'avoir un produit de qualité.
Maïs : prometteur
Hormis le sud de l'Ille-et-Vilaine soumis à un déficit hydrique, les cultures de maïs sont belles. Il est encore trop tôt pour apprécier le volume de maïs grain. Les éleveurs arbitrent souvent au dernier moment entre ce qu'ils réservent au fourrage ou au grain.
La moisson 2009 a tenu ses promesses en volume, mais les prix ne sont pas au rendez-vous. Cela laissera des traces dans les trésoreries. La variabilité des rendements ou des prix d'une année à l'autre devient la règle et l'exploitant a peu de moyens pour y faire face, si ce n'est les outils fiscaux et sociaux. Les modifications de la PAC n'apporteront pas d'amélioration notable, sauf pour des cultures comme le colza ou le pois protéagineux qui bénéficieront d'aides complémentaires, à condition d'appliquer les contraintes réglementaires.
Patrick Bégos
Un nouveau président
Philippe André est le nouveau président de la section céréales de Coopagri Bretagne depuis juin 2009. Installé en 1991, à Saint Caradec (22), il exploite seul 110 ha : céréales 53 ha (semences) Ray-grass anglais 12 ha (semences), pois protéagineux 6 ha (semences), légumes industrie 45 ha (haricots, pois, épinards, carottes), jachère 3,5 ha.