
Malgré des températures fraîches, le matin, l'absence de pluies significatives et le cumul des températures sont favorables à l'avancement de la maturité des maïs, en Bretagne. "On observe cette année un gradient très marqué Nord-Ouest/Sud-Est avec des parcelles précoces en cours d’ensilage dans le sud et l’est de la Bretagne et des situations beaucoup moins avancées dans l’ouest", souligne Joël Thierry d'Arvalis.
Les récoltes en ensilage ont démarré dans les parcelles les plus séchantes de cette zone Sud et Est Bretagne et les chantiers vont se développer dans les semaines à venir. Les différences sont importantes selon les dates de semis, les types de sols, la pluviométrie de juillet-août et la précocité des variétés. Les analyses de matière sèche réalisées varient de 19 % à plus de 30 % avec une proportion importante d'échantillons qui atteignent ou dépassent les 30 % pour les semis d'avril dans les sols peu profonds et les secteurs les plus précoces.
Observer les grains
La génétique des maïs a évolué, les plantes restent vertes beaucoup plus tardivement qu'il y a quelques années. Se fier uniquement à l'aspect extérieur de la plante pour décider d'une date de récolte peut conduire à des erreurs dans l'appréciation du taux de matière sèche. Pour alimenter un troupeau de vaches laitières, le taux idéal de matière sèche se situe autour de 32-33 %.
En observant les grains de la couronne centrale de l'épi, on peut estimer rapidement l'évolution du taux de matière sèche. S'il n'y a pas de lentille vitreuse sur le grain, le taux de matière sèche plante entière est inférieur à 25 %. Dès l'apparition de cette lentille vitreuse, on se situe autour de 25 % de MS et il reste environ de 15 à 25 jours avant la date optimale de récolte. Au stade optimal (32 à 33 % de MS), le grain est composé de trois tiers : 1/3 lentille vitreuse, 1/3 pâteux et 1/3 laiteux. Quand la lentille vitreuse représente 2/3 du grain, on est à plus de 35 % de MS, ce qui est trop pour l'ensilage de maïs.
La finesse de hachage
La finesse de hachage est une autre clé de la réussite de l'ensilage. L'objectif est d'avoir à la fois une bonne conservation du produit, une ingestion et une rumination satisfaisantes des animaux. Pour une bonne rumination, il faut des éléments grossiers. Par contre, les éléments fins sont plus favorables à la conservation et à l'ingestion. Où placer le curseur ? Il faut essayer d'avoir le meilleur compromis dans la finesse de hachage pour ces trois critères.
A l'auge, il faut des particules de 10 à 12 mm. Concrètement, le contrôle de la taille des morceaux peut se faire à l'aide de la grille, sur un échantillon d'une quinzaine de gobelets de maïs. Lors de ce contrôle, il faut aussi tenir compte du mode de distribution, car l'outil utilisé complète plus ou moins le hachage. Ainsi, pour obtenir la finesse de hachage au champ, il faut rajouter à l'objectif "auge", 3 à 5 mm pour une distribution par fraise, 1 à 3 mm pour une mélangeuse, 2 mm si la ration comporte peu de fibres et 2 mm si la ration comporte une quantité de concentrés supérieure à 4 kg/vache/jour.
La finesse de hachage peut se régler au champ à deux niveaux. La vitesse d'avancement des rouleaux d'alimentation à l'entrée du rotor détermine la taille des morceaux. Les ensileuses sont pour la plupart équipées d'une variation continue permettant des longueur de particules de 4 à 20 mm. L'écartement de l'éclateur constitue un second niveau de réglage. Il a pour but d'éclater les grains et de les morceaux les plus gros. A chacun de vérifier sur les premières remorques, la finesse obtenue en fonction de l'objectif recherché.
Bien tasser
Troisième clé de la réussite, le tassement. L'objectif est ici de maximiser la densité du tas. Pour un tas de 2,50 m de haut, il faut viser au moins 230 kg de matière sèche/m3, pour conserver un fourrage de qualité, maximiser l'utilisation du volume de stockage et limiter les pertes au silo. Bien tasser, c'est à la fois un gain de temps avant la distribution du fourrage et un gain de surface de culture, grâce à la limitation des pertes.
Patrick Bégos
La pression au sol
Pour bien tasser, il faut d'abord étaler en couches fines de 20 à 30 cm épaisseur, pour réaliser l'équivalent d'un millefeuille avec l'ensilage. Le tracteur doit être lesté et équipé de pneumatiques de largeur moyenne, bien gonflés. Ce qui compte, c'est la pression au sol. Un même tracteur de 150 cv, d'un poids de 6 700 kg, a été équipé de pneumatiques différents. Des pneus 650/65 R38 d'une largeur au sol de 65 cm et gonflés à 2 bars, exercent une pression au sol de 440 g/cm2. Par contre, les pneus 20.8 R 38, d'une largeur de 53 cm et gonflés à 1,9 bar, ont une pression de 640 g/cm2, soit 40 % de plus.
Légende : La finesse de hachage se règle au champ, au niveau des rouleaux d'alimentation et de l'éclateur.