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La colère au féminin : Des agricultrices appellent « au secours »
 

Mardi 8 septembre. Elles sont une petite dizaine d’agricultrices, réunies dans le bureau qui domine la stabulation de Catherine Kervran, agricultrice à Plourin-lès-Morlaix. Au centre des discussions de ce « réseau féminin d’échange et de réflexion », un seul et unique sujet : la conjoncture laitière. Où plus exactement « les conséquences désastreuses » qu’entraîne le prix du lait.


« Ne pas pénaliser nos enfants »


« Dans la plupart des exploitations, ce sont les femmes qui tiennent les comptes. Pas besoin de grande analyse pour voir que la situation financière se dégrade. Il suffit de regarder les comptes bancaires », embraye une première agricultrice particulièrement remontée. « On ne survivra pas à un prix de 250 €. Et de l’intégration sous couvert de contractualisation, on n'en veut pas. Nous voulons simplement vivre d’un prix rémunérateur ».
Très vite la tension monte. Les langues se délient. « Trouvez-vous normal que on ne puisse prélever que 1 000 € par mois en étant à deux sur l’élevage ? », lance une agricultrice désabusée. « Pour ne pas pénaliser les études de nos enfants, nous avons choisi d’arrêter le Contrôle laitier et l’insémination pendant quelques années », raconte une autre, consciente que « techniquement ce n’est peut-être pas la bonne solution, mais financièrement c’est la seule ».
Les enfants viennent souvent au cœur des conversations. « Mes deux filles de 6 et 9 ans me disent que mon métier est le dernier des métiers. Elles me disent qu’il n’y a jamais d’extras. Jamais de vacances… ».
Plus largement, les femmes affirment que « la situation actuelle crée des tensions dans les familles ». Et l’une d’entre elles d’expliquer que le conjoint non agriculteur ne comprend pas toujours qu’en travaillant tant, un éleveur ne gagne presque rien. « Pour ma part, si la situation ne s’améliore pas, je quitte l’exploitation. J’irai travailler à l’extérieur. On se donne jusqu’à janvier », enchérit une autre.


« Une crise pas comme les autres »


Bref, l’ambiance est morose, très morose dans le bureau improvisé en salle de réunion. « C’est de la colère », résume avec force le groupe. « Aujourd’hui, nous lançons un appel au secours. Nous ne voulons pas subir ce que vit le monde porcin. La course à l'agrandissement ? Pour espérer gagner quoi ? ». Et l’une d’elles d’expliquer que cette « crise pas comme les autres aura des conséquences importantes au niveau territorial, sociétal et environnemental ».
Alors que faire ? « Délivrer un électrochoc à la société, aux politiques, aux industriels », disent les agricultrices. Après avoir longuement hésité, le collectif des femmes du Finistère a décidé d’adhérer au mouvement de « grève » du lait . « Ce n’est pas un geste facile de balancer son lait. C’est symboliquement fort, mais c’est notre dernière issue », déclarent les femmes qui ne veulent pas pour autant véhiculer l’image de pleureuses. « Nous sommes fières de notre métier ». Et de conclure : « Ce serait une preuve de dédain que l’environnement socioéconomique condamne cette action qui est la seule façon pour nous de se faire entendre ».

Didier Le Du


Légende : Déjà monté au créneau sur d’autres dossiers, comme les bassins versants, le "collectif d'agricultrices consommatrices en colère"  lance un appel au secours.


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Date de l'article : semaine du N° du 11 au 17 Septembre 2009
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