
L'identité du repreneur devait être connu pour le 31 août. C'était une exigence de l'association des éleveurs Bretons apporteurs de lait au groupe Entremont Alliance (AEBEA). Une cinquantaine de producteurs se sont donc rassemblés lundi dernier, en soirée, devant la préfecture de Vannes, à l'appel de la FRSEA, pour exiger le nom du repreneur. Difficile de mobiliser les éleveurs pour obtenir du préfet une réponse que le ministre de l'Agriculture venait de donner, quelques heures auparavant. De plus, la confusion régnait dans l'esprit de certains producteurs ne sachant pas bien s'ils répondaient à l'appel de l'association de défense des producteurs Entremont ou à celui de la FRSEA.
Amertume
Le discours du préfet, qui s'adressait directement aux manifestants, se voulait rassurant. Il n'a pu chasser l'amertume des éleveurs pour lesquels le nom du repreneur Sodiaal et la structuration de la nouvelle entité (fusion de deux poids lourds industriels) suscite nombre d'interrogations. Quel sera le prix du lait? "Il faudrait 272 euros des mille litres jusqu'en fin d'année pour respecter l'accord du prix moyen annuel, préalablement fixé", indique Pascal Nizan, président de l'AEBEA. Les 272 euros sont acquis pour septembre. Et après? L'engagement ne concerne pas les mois suivants. Le nom de Sodiaal ne soulève pas l'enthousiasme. "Qui nous dit que cette coopérative est solide? L'arrimage à Entremont n'est-il pas une union de deux canards boiteux?", s'interroge un adhérent de l'association de défense qui déplore surtout le fait que les producteurs n'ont pas eu un droit de regard sur les différents projets de reprise. "Même minoritaires, les responsables d'Entremont, qui nous ont trahis depuis cinq ans, seront toujours présents dans la nouvelle entité. Comment pouvons-nous être rassurés?", s'inquiète un autre éleveur. "Comment serons-nous intégrés dans cette nouvelle structure?". "Pas question de remettre de l'argent au panier". "Et le volume de lait collecté, comment sera-t-il valorisé au niveau industriel ? " Les questions et les remarques fusaient devant les grilles de la préfecture, révélant beaucoup de frustration.
Un premier pas
"Nous sommes déjà satisfaits qu'il y ait une solution de reprise", tentait de rassurer Laurent Kerlir, président de la FRSEA. "Nous serons vigilants pour que cette solution soit pérenne". Une rencontre avec le président de Sodiaal et le ministre pourrait avoir lieu à Rennes dès vendredi. Une entrevue qui permettra peut-être de lever certaines interrogations des producteurs. Sur le fonds de la problématique laitière, Laurent Kerlir a rappelé au préfet la nécessité de maintenir ou de créer de nouveaux outils de régulation du marché. "Une contractualisation collective soutenue par de puissantes organisations de producteurs". Les producteurs présents rejettent déjà la proposition de contractualisation de la FNCL (Fédération nationale des coopératives laitières), assimilée à de l'intégration, dont le président est Gérard Budin, président de Sodiaal.
Bernard Laurent
Photo : Laurent Kerlir, président de la FRSEA, et une cinquantaine de producteurs ont échangé avec le préfet François Philizot sur la problématique laitière, lundi dernier à Vannes.