
Compter avant de désherber. En quelque sorte, c'est la stratégie que préconisent les auteurs d'une étude, de cinq ans, sur la nuisibilité "directe" des mauvaises herbes sur le maïs. Il s'agit d'une action technique mise en œuvre par la Fédération régionale des agriculteurs bio (Frab), pilotée par Agrobio 35 avec d'autres partenaires (Inter Bio Bretagne, Arvalis, Chambre…). "Les résultats montrent que l'éradication de l'ensemble des adventices, qui engendre un coup environnemental très élevé, n'est finalement pas le résultat à rechercher", expliquent les responsables. Ils lui préfèrent une stratégie plus "personnalisée", avec comptage des mauvaises herbes, puisque certaines d'entre elles sont plus préjudiciables que d'autres sur le développement du maïs. Et c'est justement ce "préjudice" qu'ils ont voulu quantifier.
Conditions similaires
Durant les cinq années de l'étude, les essais ont été conduits chez quatre agriculteurs d'un même secteur géographique (Piré/Seiche), d'où des conditions pédoclimatiques similaires. Les indices des variétés de maïs cultivés étaient également d'un même ordre, afin de pouvoir se concentrer sur l'effet "mauvaises herbes" sur le rendement du maïs (grains et matière sèche). Concernant les adventices, trois espèces ont été retenues : chénopodes, morelles, renouées ou mercuriales. Plusieurs modalités ont été définies. L'effet des morelles et des chénopodes, par exemple, a toujours été examiné à trois densités différentes : 3, 7 et 10 mauvaises herbes par mètre linéaire. Objectif : définir un seuil de nuisibilité au-delà duquel le désherbage devient nécessaire. Ce seuil critique d'intervention correspond à un ratio perte de rendement + coût et temps d'intervention en désherbage.
Influence différente
L'étude de l'effet des adventices sur le rendement en matière sèche (2005 – 2008) montre, par exemple, que la présence de 3 morelles / m linéaire ne joue pas sur le rendement final en maïs. En revanche, les chénopodes sont plus redoutables : pour ne pas faire diminuer le rendement de plus de 5 %, il ne faut pas plus de 1 chénopode par m linéaire. "Dans nos essais, les chénopodes (et les renouées) sont beaucoup plus concurrentiels que les mercuriales et que les morelles sur le maïs", commentent les responsables. Le fait d'avoir mené l'expérimentation sur cinq ans permet, par ailleurs, de disposer de données en conditions climatiques très différentes. Dans le guide pratique d'intervention à venir (lire ci-dessous), ces dernières ont bien sûr été prises en compte. L'objectif de l'expérimentation est d'être directement exploitable à l'échelle de chaque exploitation. Ce qui implique néanmoins de prendre le temps de se pencher, en détail, sur ses mauvaises herbes.
Anne-Laure Lussou
Photo : Mickaël Berthelot, d'Agrobio 35 (à gauche), a piloté l'expérimentation pendant les 4 premières années. Son installation étant en cours, David Roy (à droite), précédemment à l'Adage, a pris le relais depuis peu.
Un guide pratique en préparation
Suite aux cinq années d'expérimentation, les responsables de l'étude sont en cours d'élaboration d'un outil pratique d'aide à la décision qui devrait être diffusé au moment des prochains semis de maïs. Le guide permettra à chaque agriculteur de déterminer s'il faut intervenir, ou pas, dans sa parcelle, en fonction du nombre d'adventices relevé (d'où comptage nécessaire) et de l'état du sol. S'il faut intervenir, un conseil d'outil sera prodigué. De plus en plus de données sont en effet disponibles sur le désherbage mécanique (herses, houes, bineuses, brûleurs).