
Lundi 7 septembre, la date de début de la grève du lait européenne, brandie depuis plusieurs mois par la Coordination Rurale devrait être connue, selon le syndicat finistérien. Une « grève du lait » que le syndicat espère très suivie. Et si le syndicat a fait de 400 €/1 000 l le fer de lance de sa revendication, il espère avant tout que le mouvement redonnera du pouvoir aux producteurs. « Nous sommes le seul maillon qui ne puisse pas répercuter ses coûts de production. Nous ne voulons plus de ce modèle qui sert l’agro-industrie et les GMS. Les producteurs doivent reprendre le pouvoir ».
« Un mois de lait pour rien »
Les responsables du syndicat, qui n’hésitent pas à rentrer frontalement dans la FNSEA, sont confiants quant à l’adhésion des producteurs au mouvement de grève. « 120 000 producteurs de 14 pays adhèrent à l’EMB (European Milk Board) », rappelle Bruno Demeuré, président de la CR 29, qui modère l’argument selon lequel les trésoreries seront plombées par un arrêt des livraisons. « Avec une baisse de 30 % du prix du lait, nous avons déjà donné un mois de lait pour rien ces trois derniers mois ». Et d’ajouter : « Si aucune action n’est réalisée cette année, il est probable que le prix moyen du lait sera de 220 € pour les 9 mois à venir (octobre 2009-juin 2010). À ce tarif, nous nous orientons vers une restructuration sans précédent de la filière de production. Restructuration qui est d’ailleurs voulue par les responsables professionnels de la filière ».
La CR29 pronostique un prix maximum de 250 € au 4e trimestre. « Bongrain a déjà annoncé 200 € pour janvier 2010 ». Quant au prix de septembre, les responsables finistériens estiment qu’il a été artificiellement gonflé « pour casser le mouvement de grève ; grève qui s’annonce au plus mauvais moment pour Jean-Michel Lemétayer, à la fois président de la FNSEA et du Space. ».
Refus de la contractualisation
Mais au-delà de ce coup de colère « contre la grande distribution, les industriels et les politiques », c’est l’ensemble du fonctionnement de la filière que souhaite voir modifié le syndicat. « Pourquoi vouloir contractualiser la production alors qu’il reste cinq ans de quotas », insiste Jean-Michel Favennec convaincu que « la contractualisation ne sera rien d’autre qu’une intégration pure et dure ». Et de pointer « le risque pour l’agriculteur de perdre sa liberté. En fonction des besoins de l’entreprise, il sera obligé de produire à certaines périodes, avec des prix différenciés entre producteurs ce qui contribuera à brouiller les cartes en matière de prix du lait ».
Les responsables estiment que la solution au problème laitier est européenne. « L’EMB demande que les mêmes règles soient appliquées dans tous les pays membres de l’Union européenne. À commencer par l’application des quotas au sens strict, mais aussi l’application de normes qualité identiques dans tous les pays… ». Et d’ajouter : « Nous défendons l’idée d’une association européenne d’organisations de producteurs. Car nous avons bien vu, en légumes, que l’échelon de bassin n’est pas suffisant ».
Didier Le Du
Photo : De gauche à droite : Thierry Kerneis, secrétaire de la CR 29 ; Jean-Michel Favennec, responsable OPL ; Bruno Demeuré, président.