
La mise en place des plateformes de démonstration de couverts végétaux en Côtes d'Armor était prévue de longue date. "Elle n'est pas une réponse à la récente visite de François Fillon à Saint-Michel-en-Grève et au débat sur la toxicité des algues vertes. Les couverts végétaux sont une pièce essentielle du puzzle qui nous permettra de reconquérir la qualité de l'eau", déclare Olivier Allain, président de la Chambre d'agriculture des Côtes d'Armor. Ces plateformes sont intégrées dans les programmes de bassins versants, portés par les collectivités locales partenaires (syndicats d'eau et communautés de communes) et par les comités professionnels agricoles.
Une culture à part entière
Le message est valable pour l'ensemble des agriculteurs bretons car depuis 2009, tout le territoire national doit être ensemencé en couverts végétaux. "Cette interculture doit être considérée comme une culture à part entière, ayant toute sa place dans la rotation", explique Cécile Nicolas, membre de Chambre et responsable de l'action. Son efficacité sur la qualité de l'eau est en effet liée au respect de quelques conditions comme le choix du couvert, la date de semis.
L'intérêt de couvrir les sols n'est plus à démontrer. "La reprise des pluies à l'automne augmente le risque d'érosion et d'entraînement de produits phytosanitaires ainsi que le salissement des parcelles", précise Charles David, conseiller à la Chambre. L'objectif d'une couverture est de piéger l'azote et de le restituer à la culture suivante. "L'agriculteur doit aujourd'hui aller au-delà de l'aspect réglementaire et intégrer les atouts que peuvent représenter les couverts pour la restructuration du sol et les cultures suivantes", estime Cécile Nicolas.
Montrer les atouts
Les couverts peuvent être valorisés par les animaux, avec une production de 3 à 4 t de matière sèche, selon l'espèce et la date de semis. "Même si l'on n'a pas de bovins, on peut s'arranger avec son voisin pour valoriser cette production", souligne Olivier Allain. Ces plateformes seront de véritables vitrines montrant non seulement les espèces mais aussi les bénéfices agronomiques que l'on peut en obtenir.
Pour réussir, un premier impératif : semer tôt. "En semant immédiatement après la récolte de céréale, l'azote sera plus sûrement piégé par le couvert. Grâce au semis précoce, le couvert peut se développer au maximum, bloquant ainsi toute levée de mauvaises herbes", déclare Agnès Melet. En semant tard, on répond aux exigences réglementaires mais on ne gagne pas grand chose.
Un choix de 15 espèces
Deuxième condition : le choix du couvert. Sur les douze plateformes, une collection d'une quinzaine de couverts a été semée avec 7 semences simples et 8 mélanges (voir hors-texte). En fonction de la présence ou non de légumineuses, ces couverts ont des atouts différents dans la structuration du sol, dans le piégeage de l'azote ou dans la valorisation par les animaux. Le coût peut aussi être très variable, allant de 30-35 euros/ha pour une moutarde ou une phacélie à 100 euros /ha pour des lentilles fourragères.
Sur les différentes parcelles, des analyses de sol, à différentes périodes, permettront de mesurer le niveau d'azote dans le sol et la capacité de piégeage du couvert. La production fourragère consommable par les animaux sera évaluée à partir du rendement en matière sèche. Des profils de sols permettront d'évaluer le travail réalisé par les racines sur la structure du sol. Enfin des essais de destruction mécanique montreront que l'on peut se passer d'herbicides.
Patrick Bégos
Photo : La plateforme de Lamballe, implantée au Gaec de la Ferme Rondel, en bordure de la RN 12, a été mise en place en présence d'Olivier Allain, président de la Chambre d'Agriculture des Côtes d'Armor et de Loïc Cauret, maire de Lamballe et président de la Communauté de communes.
Les espèces qui seront implantées
7 semences simples
• Avoine diploïde
• Phacélie
• Radis chinois-structurator
• Moutarde
• Avoine "fermière"
• RGI
• Lentilles fourragères (selon BV)
8 semences en mélange
• Chlorofiltre Mix (avoine diploïde, phacélie, trèfle d'Alexandrie, vesce, radis)
• Phacélie, moutarde brune, sarrasin
• Tournesol, phacélie, vesce
• RGI, trèfle d'Alexandrie,
• Chlorofiltre DF (avoine diploïde, phacélie)
• RGI, Chlorofiltre Symbiose (vesce commune, trèfle incarnat, trèfle d'Alexandrie, trèfle Micheli)
• Chlorofiltre ST (seigle, avoine diploïde)
• Chlorofiltre 25 (avoine diploïde, vesce commune)
12 plateformes en bordure des axes routiers (22)
- Lamballe bordure RN 12
- Saint-Jean-Kerdaniel bordure RN 12
- Malido Planguenoual (D 786)
- Petit Keranna Saint-Etienne-du-Gué-de-l'Isle (D 778)
- La belle joie Loudéac D 790
- La pierre blanche Plélo
- Tréla Taden
- Quercron Plénée-Jugon
- La Ville Madio Plaintel
- Le Heussard Saint-Carreuc
- Kerlio Cavan
- Plélan-le-Petit