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Environnement / Quatre ministres à Saint-Michel-en-Grève (22) - François Fillon s’attaque aux algues vertes
 

Au début de l’été, un cheval et son cavalier se sont enlisés dans une vasière d’algues vertes. Le cheval est mort intoxiqué et son cavalier a été incommodé.  Le gaz de putréfaction des algues (hydrogène sulfuré) a été rapidement mis en cause. 
L’affaire a fait grand bruit. Au point que Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Écologie, a commandé le rapport de l'Inéris (Institut national de l'environnement industriel et des risques) pour juger de la toxicité du gaz. Il a effectivement conclu qu’à forte dose, ce gaz de putréfaction des algues pouvait être toxique.
De quoi rallumer la flamme de la polémique autour des algues vertes, de leur origine, des actions à conduire en amont et en aval pour endiguer le phénomène. Avec dans le champ de visée, encore et toujours l’agriculture …


Un geste fort


Le Premier ministre François Fillon, s’est donc fait Costarmoricain pour quelques heures, « à son initiative » a t-il tenu à préciser. Avec lui sur le terrain trois autres ministres : Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Écologie. Ils étaient accompagnés de nombreux élus locaux des communes de la baie du Lieue de Grève, du Conseil général et régional, des députés du département, des représentants des associations environnementales et des responsables de la profession agricole.
La visite jugée par certains comme ayant des relents politico-médiatico-écolo aura sans doute jeté un coup de projecteur peu glorieux sur la région. Elle s’en serait volontiers passée au cours d’un été pour le moins morose sur le plan touristique et dans une conjoncture économique générale et agricole particulièrement difficile. Mais force est de reconnaître que le problème est bien réel. Et que l’Etat mette les bottes pour venir constater sur le terrain l’incapacité des élus locaux, malgré les fortes sommes injectées par  les collectivités locales et départementales, à se dépêtrer seuls de ce problème d’algues vertes n’est pas anormal. D’ailleurs, les élus toutes tendances confondues et les associations ont salué cette visite comme un geste fort.


Un plan d’action


Après s’être rendu sur la plage et dirigé une réunion avec les élus en présence de quelques responsables des associations et des organisations, le ministre a dévoilé sa stratégie face au problème. Concernant le ramassage des algues sur les plages, l’Etat s’engage à accompagner financièrement les collectivités locales qui jusqu’à présent prenaient seules en charge le ramassage et le traitement. La décision satisfait évidemment les élus  locaux pour qui le coût devenait insupportable. Il a aussi annoncé la mise à l’étude d’un dispositif pour limiter les flux en amont sur les bassins versants  et la réduction du volume d’algues vertes en fin d’hiver, visant ainsi à atténuer la prolifération au printemps et en été. Le ramassage en pleine mer est une des pistes évoquées.
Une mission interministérielle va être rapidement mise en place et devrait proposer un plan d’action dans les 3 mois pour application au printemps prochain. Il doit notamment comprendre un programme de recherche et d’expérimentation sur le bassin du Lieue de Grève et peut-être celui de la  baie de Saint-Brieuc. Le volet agricole est attendu par la profession qui a déjà, depuis plusieurs mois, fait des propositions pour la Lieue de Grève, restées pour le moment sans réponses. Il inquiète aussi, car dans  le contexte passionné du moment, elle craint un tour de vis supplémentaire (voir ci-dessous).

Pierre Dénès


 


Sur le parcours, entre la mairie et l’intervention du Premier ministre, avec la complicité du député Marc Le Fur, Yves-Marie Beaudet responsable environnement a pu s’entretenir avec  François Fillon. A droite, Chantal Jouanno.

 






La colère des  responsables agricoles : « marre d’être mis au banc des accusés »


Le tapage médiatique autour de cette visite n’a pas été du goût des responsables agricoles costarmoricains. « Marre d’être mis au banc des accusés » expliquent Jean-Pierre Le Bihan et Yves-Marie Beaudet  responsables Environnement à la Chambre d’agriculture et à la FDSEA 22. « Ce n’est pas en tapant sur le dos des agriculteurs que  l’on résoudra le problème ». Ils rappellent qu’en dix ans, «les taux de nitrates dans les eaux du département ont baissé de 18 % grâce à l’effort des agriculteurs ». Et soulignent la généralisation des plans de fumure et de fertilisation, la résorption des excédents, effective à 95 % sur le département …
 « Nous sommes prêts à poursuivre les efforts, mais l’Etat doit aussi s’engager » poursuit Jean-Pierre Le Bihan. S’appuyant sur les références du Centre d’étude et de valorisation des algues, il souligne que la multiplication des algues s’effectue par fragmentation en pleine mer au cours de l’hiver. « Il est donc indispensable de limiter le flux d’algues en fin d’hiver pour limiter la prolifération au printemps et au cours de l’été suivant ». L’annonce de l’étude du ramassage des algues en fin d’hiver est donc satisfaisante.
Pas seuls responsables
Sur le bassin de la Lieue de Grève, les responsables agricoles locaux jugent cette visite comme une provocation. Philippe Prigent, éleveur sur le Vieux Marché et membre de la Chambre d’agriculture, particulièrement remonté, fulmine. « C’est un petit bassin versant, avec seulement 170 exploitations et seulement 5 élevages hors-sol, aux normes. Depuis plusieurs mois, nous avons fait des propositions en soulignant que les MAE sont insuffisantes. Le dossier traîne en longueur, y compris au ministère de l’Agriculture qui se retranche derrière les réticences de  Bruxelles. Mais pour nous, il n’est pas question de sacrifier l’économie de nos exploitations, pas plus que d’obliger tout le monde à passer en bio, ni d’accepter un programme de déménagement agricole. Si on veut que l’on change de système, il faut nous en donner les moyens pour accompagner la restructuration foncière, nous permettre d’adapter notre système fourrager ». Ce message, il a eu  l’occasion de le faire passer directement à Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture.
De son côté, Jean-Noël Sidaner, vice-président de la Chambre tient à souligner que si l’agriculture accepte une part de responsabilité, elle refuse d’être le seul bouc-émissaire. « Nous ne sommes pas les seuls responsables ». Il s’interroge
« sur l’urbanisation de certaines zones littorales, sur la capacité des stations d’épuration a absorber des flux de populations parfois multipliées par 10 sur certaines périodes ». En clair, chacun doit balayer devant sa porte.
Jacques Jaouen, président de la Chambre régionale, exprime aussi « un certain ras le bol » du monde agricole.
« Nous ne nions pas le problème, mais les agriculteurs  s’interrogent sur  les attentes de la société Nous subissons de plein fouet la crise économique. Notre région s’appuie largement sur l’agriculture et l’agroalimentaire. Et ce n’est pas dans l’affrontement, mais dans la concertation que l’on trouvera les solutions ».
Pierre Dénès



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Date de l'article : semaine du N° du 28 Août au 3 Septembre 2009
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