
Cesser la production laitière? "J'y ai pensé, il y a deux ans", avoue Guy Thibault, contraint de couvrir ses silos, en libre-service, pour mettre son exploitation aux normes. "Je voulais également améliorer les conditions de travail. L'équipement de traite était à revoir. Différents intervenants me proposaient des solutions onéreuses, dans des bâtiments neufs". À une dizaine d'années de la retraite, l'éleveur hésite. Les 230 000 litres à produire ne permettent pas de folies. "Arrêter, mais pour quoi faire? Les 60 hectares, convertis en cultures de vente, ne suffisent pas à tirer un revenu". Décidé à poursuivre l'activité, mais dans de bonnes conditions, il a opté pour des solutions simples permettant de tirer profit des bâtiments ou des fosses existantes. "J'ai aménagé un quai de traite de 8 places (traite par l'arrière) dans l'ancienne étable et acheté du matériel d'occasion". Les eaux de lavage sont récupérées dans une citerne souple de 250 m3. "La citerne est posée sur un lit de sable et une bâche d'ensilage. Il n'y a pas de terrassement". Les 10 000 euros de l'investissement, pour la citerne, lui offrent six mois de stockage. La durée de vie est estimée, par le vendeur, à 25-30 ans.
Couverture en toile
Les travaux les plus conséquents concernent l'aire paillée et le local de stockage de fourrages. "J'ai surélevé les murs d'un silo existant, de 300 m2, pour y fixer une couverture "Toutabri" (arceaux recouverts d'une toile PVC)". La bâche de couleur beige laisse passer suffisamment de lumière. Le fonds du tunnel est équipé d'un filet brise vent. Des petites ouvertures sur le mur, à la base de la toiture, permettent l'aération de l'aire paillée. Le volume semble conséquent, les murs porteurs sont de 2, 25 mètres de hauteur. "À six personnes, nous l'avons monté en 2 jours et demi". Une table d'alimentation d'une trentaine de places (cornadis) prolonge l'aire paillée. La fumière, non couverte, et une fosse existante complètent la structure. "Les vaches sont dehors sept mois dans l'année. Pendant les cinq mois d'hiver, elles sortent tous les jours quand le temps le permet. Compte tenu du temps passé à l'étable, le montant de l'investissement reste raisonnable". 7500 euros la couverture bâchée et 8000 euros de murs banchés, auxquels il faut ajouter le prix de la table d'alimentation et du béton de la fumière. "Il me faut aussi un nouveau silo. La plate forme bétonnée existe. Je monterai probablement des murs". Les génisses logeront, pendant l'hiver, dans une ancienne étable.
Structure démontable
Un second tunnel a été installé pour stocker du fourrage. D'une même superficie, Il est directement ancré au sol et a été monté en une journée. "Ces structures légères ne demandent pas de permis de construire. Elles présentent l'avantage d'être démontables. Étant locataire, je pourrai éventuellement les vendre lors de la cessation d'activité". L'investissement global revient, selon l'éleveur, à un coût deux fois moindre qu'un bâtiment plus classique, tel qu'on le lui proposait. Reste à maîtriser l'ambiance à l'intérieur de l'étable en période hivernale pour ne pas pénaliser l'état sanitaire du troupeau. Dans l'immédiat, l'équipement global sur l'élevage se révèle pratique. La mise aux normes n'est pas synonyme d'impasse; les charges financières sont maîtrisées. "Avec ces bonnes conditions de travail, je me sens remotivé", s'enthousiasme l'éleveur. De quoi envisager la fin de carrière sereinement.
Bernard Laurent
Photo : Bruno Mouellic (BM Négociations à Inzinzac-Lochrist), au centre, vendeur du Toutabri, avec Guy Thibault et ses enfants devant la table d'alimentation (couverture prévue) et l'aire paillée sous la structure Toutabri.