
Nous retrouvons des écarts de 1 tonne de concentré par vache pour une même production laitière ». Lors des Prairiales, organisées en juin dans la Manche, Jean-Jacques Beauchamp, de la Chambre d’agriculture du Calvados, invitait les éleveurs à se pencher sur les « coûts cachés du concentré ». Et de citer : « 41 % de l’énergie consommée dans une exploitation laitière pour produire 1 000 litres de lait provient du concentré. Sans oublier que la distribution de concentré induit des charges de mécanisation ».
Les pratiques font la différence
Plus largement, le coût des aliments achetés ou produits reste le premier poste de charges variables. « Il est plus facile d’être réactif sur ces postes que sur les charges de structure qui sont engagées sur du moyen ou long terme », poursuit l’ingénieur, avant d’inciter à discerner parmi les charges, celles qui peuvent être maîtrisées sans mettre en péril la marge de l’atelier.
Ce spécialiste de l’alimentation constate qu’en Normandie, dans le coût alimentaire (fourrages + concentrés), la part du concentré a tendance à augmenter ces dernières années. « En valeur absolue sur 10 ans, la part du fourrage a diminué de 10 €/1 000 litres alors que le concentré s’est maintenu. Dans le même temps, la marge lait – coût alimentaire s’est dégradée ».
Bien souvent, les conditions d’élevage, les pratiques propres aux éleveurs influent plus sur la quantité de concentré distribuée que le niveau laitier lui-même. « Avec la même quantité de concentré, certains troupeaux produisent 50 % de lait en moins. Il y a encore moins de lien entre l’orientation technique (lait/VL, chargement, etc.) et le revenu par UTH », note Jean-Jacques Beauchamp.
« Il convient aussi de regarder les types de concentrés utilisés. Par exemple, un tourteau de colza distribué à 50 % de plus que du tourteau de soja induit un coût inférieur. Quant à l’urée, elle permet de limiter les quantités de concentrés ». Enfin, il rappelle qu’une orientation maïs entraîne une complémentation azotée conséquente alors qu’une utilisation plus importante de l’herbe conduit à employer une part d’énergie plus élevée (céréales).
Compter un peu plus sur la prairie
On dit souvent que les verts pâturages du Grand Ouest sont un atout pour produire du lait. Les faits sont têtus : que ce soit en Bretagne ou en Normandie, les éleveurs ont tendance à moins fermer les silos au printemps. « Or, l’équilibre maïs/herbe conditionne la quantité de protéines achetées. Une voie pour faire des économies est de compter un peu plus sur la prairie ».
« Pour diminuer les coûts, rien de plus efficace que de limiter les quantités de concentrés », poursuit J.-J. Beauchamp. « La base pour s’engager dans cette voie reste la qualité des fourrages proposés aux animaux, gage d’une bonne ingestion et d’une production économe ». Pour y parvenir, il faut donc tout mettre en œuvre pour récolter d’excellents maïs et faire pâturer une herbe de qualité.
Didier Le Du
L’herbe d’automne est bonne
Des analyses réalisées par le Contrôle laitier du Morbihan montrent que le RGA-TB atteint ne moyenne 0,96 UFL (0,93 à 0,99), 162 g de PDIN (154 à 172) et 114 g de PDIE (112 à 115) sur les mois d’octobre et novembre. La Chambre d’agriculture des Pays de la Loire a publié des résultats similaires. Conclusion : l’herbe d’automne n’est pas si mauvaise qu’elle en a l’air hormis en présence de refus, de rouille… Sa bonne valeur azotée permet entre autres de diminuer l’apport de protéines par les concentrés.
Si ces valeurs nutritives en font un fourrage de qualité, proche de l’herbe de printemps, encore faut-il que les vaches le consomment. En effet, c’est plutôt la quantité d’herbe ingérée qui peut faire défaut à l’automne. L’appétence peut être dégradée par l’accumulation des bouses et des pissats, d’autant plus fortement sur les exploitations avec une surface en herbe limitée. Sans occulter les conditions de pâturage qui ne sont pas toujours idéales (salissement de l’herbe, concurrence d’appétence en faveur du maïs…). D’où la nécessité de rationner le maïs pour que la vache consomme de l’herbe. Car une chose est sûre : les vaches ne mangent de l’herbe que si elles ont faim et si elle est appétente.