
Le revenu des laitiers bio a progressé en 2008. Le marché du lait biologique a permis de conserver un prix rémunérateur de 413 € par 1000 litres. Mais plus encore qu'en conventionnel, les disparités sont importantes.
Produire suffisamment de lait
Certains producteurs peinent à dégager un revenu. Un exploitant sur cinq en lait bio gagne moins que le Smic. En plus des écarts sur le prix de vente du lait, les principales raisons qui expliquent leurs difficultés sont d’ordre technique. En 2008, mauvaise année fourragère, 45 % des exploitations bio produisent moins de 90 % de leur quota. En moyenne sur 4 ans, ce chiffre atteint encore 40 %.
Pour le quart des exploitations les moins efficaces, la production par vache ne dépasse pas 4940 litres, malgré une distribution de concentrés supérieure à la moyenne. La production par hectare de SFP n’est, en moyenne, que de 4440 litres. Ils ne parviennent pas à produire plus de 85 % de leur quota. Au final, avec des charges de structure équivalentes, les marges sont insuffisantes pour assurer la rémunération des exploitants.
A contrario, le quart "supérieur" (ceux qui dégagent la meilleure rentabilité) maîtrise le coût alimentaire (coût de concentrés à 27 € par 1000 litres) pour une production par vache de 5200 litres. Ils produisent 230 litres de plus par hectare que le quart inférieur, avec pourtant moins de maïs dans la surface fourragère. Cela leur permet d’atteindre 95 % de leur quota.
La clef de la réussite : la valorisation des surfaces en herbe
La difficulté que rencontrent l’ensemble des producteurs de lait bio est de produire suffisamment de lait tout en maîtrisant le coût alimentaire. Vu les prix élevés des aliments biologiques, que ce soit soja ou céréales, les producteurs limitent autant que possible les achats d’aliment. L’autonomie alimentaire passe par l’exploitation des surfaces en herbe. Les prairies couvrent près de 80 % de la surface des exploitations laitières biologiques. Elles doivent assurer l’essentiel de l’alimentation, soit par le pâturage, le foin, l’ensilage, et éventuellement l’enrubannage. La bonne maîtrise de toutes ces techniques, sans avoir recours aux herbicides ou autres pesticides, est donc primordiale.
Les prairies : de nombreux atouts
Depuis le mois de janvier, le nouveau cahier des charges européen ne limite plus l’utilisation de l’ensilage. Est-ce que cela pourrait modifier les assolement vers plus de maïs ? Les rendements du maïs en culture biologique sont corrects, grâce au désherbage mécanique et à des rotations de culture adaptées. Même si le maïs permet de sécuriser la ration, l’herbe devrait rester l’élément clef de la production de lait, en particulier bio. C’est un aliment équilibré, qui nécessite peu de correction azotée. Il est surtout peu coûteux, et est adapté au climat breton. Les surfaces en herbe bénéficieront également d’une revalorisation des aides Pac à compter de 2008.
Lait biologique : un marché porteur, pour combien de temps ?
Dans le contexte actuel de forte demande en lait bio, pratiquement toutes les laiteries versent des primes incitatives de 30 €/1000 litres sur 2 ans pour aider les conversions. Peu de laiteries s’engagent sur un volume et un prix au-delà de ces 2 années. Le complément «bio» qui atteint aujourd’hui plus de 100 €/1000 litres ne doit pas faire oublier le manque de visibilité sur le prix, mais également sur les volumes payés en bio. En effet, la conversion d’un trop grand nombre d’éleveurs risquerait de conduire à une offre qui dépasse la demande.