
La déprime des prix du lait depuis 2007 a d’abord provoqué une baisse de la part de marge des producteurs de lait. C’est ce qu’on peut conclure des premiers résultats de l’observatoire des prix et des marges publiés par le ministère de l’Agriculture. Pour le lait UHT, par exemple, la part dans le prix au détail payé par le consommateur et dévolue à la production était de 39% au dernier trimestre 2007 et de 26% au deuxième trimestre 2009. La part des industriels a augmenté (de 39% à 52%) et celle des distributeurs est restée stable (17%). Pour les yaourts nature, sur la même période, la part des producteurs a légèrement baissé (16% à 15%), celle des industriels a augmenté et celle des distributeurs s’est un peu effritée (35,4% à 33,9%). Également pour le beurre une baisse de la part dévolue aux éleveurs (51,3% à 48,7%) mais cette fois-ci la part des industriels baisse et celle des distributeurs augmente. Enfin, pour l’emmental la part des producteurs baisse (37,9% à 34,1%), celle des industriels augmente et celle des distributeurs est stable. En revanche, si l’on prend comme référence le début 2005, la part pour les producteurs dans le prix au détail payé par le consommateur a augmenté si l’on considère l’emmental et les yaourts ; elle baisse pour le lait UHT et le beurre. Dans un communiqué, la FNSEA et les JA ont demandé des précisions supplémentaires, tout en relevant que « c’est donc bien le prix payé au producteur qui sert de variable d’ajustement ».
L’industrie n’est pas laissée pour compte
Quoiqu’en difficulté aujourd’hui, l’industrie n’a pas été le laissé-pour-compte des marges au sein de la filière laitière. Voilà ce qu’on peut déduire des chiffres de l’observatoire des prix et des marges si on remonte la période de référence à 2005. Exemple, le lait UHT : en 2005, 34 % du prix au détail consommateur revenaient à l’industriel ; aujourd’hui, sa part est de 52 % ; celle du distributeur est passée de 28 % à 17 %. Autre exemple, le yaourt nature. Là encore, la part de l’industriel a progressé, de 42 % à 46 %. C’est le distributeur qui s’est plutôt serré la ceinture (40% à 34%). Tandis que la part de l’industriel a légèrement baissé pour le beurre (15 % à 12 %) elle est restée très stable pour l’emmental (30 %). En fait, deux facteurs semblent influencer ces évolutions : d’une part le prix internationaux des produits laitiers, la hausse de fin 2007 expliquant la pointe de part des producteurs fin 2007 ; d’autre part le rapport de force entre acteurs de la filière et le plus ou moins bon fonctionnement de l’accord interprofessionnel.
Réactions syndicales : en savoir plus et revenir à la régulation
C’est bien le prix payé au producteur qui sert de variable d’ajustement », expliquent la FNSEA et JA dans un communiqué diffusé le 29 juillet. « Jouer ainsi avec la vie de nombreuses exploitations, selon elles, n’est ni concevable, ni responsable ! » Les deux syndicats rappellent que « c’est grâce à une mobilisation sans faille des réseaux FNSEA/JA que cet observatoire a pu être créé ». Ils demandent de nouvelles « clarifications concernant le niveau et la justification des marges de la grande distribution. Il s’agit d’avoir des renseignements quant à la politique de ventilation des marges entre le premier prix, les MDD et les marques nationales ».
La Confédération Paysanne estime que l’observatoire des prix et des marges apporte les preuves suivantes : « Les producteurs sont les grands perdants, les consommateurs sont les dindons de la farce, les distributeurs sont en situation stable et les industries laitières plutôt gagnantes. » Pour la Confédération paysanne,« l’urgence est que le prix à la production augmente, grâce à l’application par les pouvoirs publics d’une politique d’adéquation entre l’offre et la demande de consommation européenne ».
La Coordination Rurale demande elle aussi un retour à la régulation des marchés : « Il est urgent de renouer avec une politique vertueuse de régulation européenne de la production et des prix du lait, explique le syndicat, et d’apporter dans l’immédiat les soutiens économiques nécessaires aux agriculteurs sous forme de prise en charge notamment de cotisations sociales ou de différés d’intérêt.
Distributeurs, entre marge commerciale et rentabilité
L’observatoire des prix donne enfin d’intéressantes indications sur la rentabilité du rayon des produits laitiers des grandes surfaces. Alors que le taux de marge commerciale (marge/achats) était de l’ordre de 19% jusqu’en 2004, il a diminué autour de 18% en 2006. La marge elle-même, de l’ordre de 28% en 2009, est utilisée pour des frais de personnel (9%), le transport (6%) et les frais généraux (8%). Le résultat net résiduel est alors de 3,3%.