
Au-delà de la crise actuelle qui pèse sur les exploitations laitières, des perspectives existent pour cette production aux atouts historiques dans l'Ouest français. C'est un des messages forts qu'a tenu à faire passer Vincent Chatellier, économiste et ingénieur de recherche à l'Inra de Nantes, lors de son intervention en deuxième partie d'assemblée générale de l'Atese à Rennes. Tout d'abord, la demande. Elle va rester dynamique, en Europe et ailleurs. "En France, troisième pays au monde en consommation par habitant, les ventes de produits laitiers n'ont pas baissé malgré la crise. Il y a juste eu des substitutions dans les choix des consommateurs".
Les Etats-Unis, principal concurrent
Du lait, il va falloir en produire. Mais qui va s'en charger ? Les Indiens vont devoir nourrir leur population. Le Brésil ne jouera pas un rôle majeur dans les 15 ans à venir. La Nouvelle-Zélande, à la production performante, va être limitée pas ses surfaces. L'Asie va produire, mais sera freinée par l'eau notamment. Les Etats-Unis par contre vont se mettre à faire du lait. "Actuellement, 90 milliards de litres de lait y sont produits sur 65 000 exploitations. Ils seront un acteur majeur avec l'Europe qui réalise aujourd'hui 150 milliards de litres, soit 26% de la production mondiale".
L'Europe produit 98% de sa consommation et représente 50% du commerce mondial des fromages. "Ce n'est pas le beurre et la poudre de lait qui vont tirer la dynamique européenne, mais les fromages", prévoit Vincent Chatellier. Du côté des atouts de notre continent, "les entreprises européennes sont innovantes".
Au sein de l'Europe, la France qui compte 86 000 exploitations bénéficie de filières organisées, d'une bonne traçabilité et des investissements importants ont été réalisés dans les bâtiments d'élevage. "En Bretagne, les coûts alimentaires sont bons. A l'inverse, les producteurs n'affichent pas des charges de mécanisation satisfaisantes", précise Vincent Chatellier. Selon l'économiste, la productivité du travail devra également être améliorée, en lien avec l'environnement. "On peut imaginer que le prix du lait européen en 2020 – 2025 ne sera pas trop décalé du prix mondial". La connaissance et la maîtrise des coûts de production va devenir fondamentale.
Organiser l'amont et justifier les soutiens
Pour conserver une place dans le paysage laitier de demain, la filière française doit aussi relever d'autres défis, que cite Vincent Chatellier : "partager la valeur ajoutée, organiser l'amont et défendre collectivement les intérêts des producteurs. La contractualisation est inévitable, et va même être souhaitée par les éleveurs". Les professionnels devront par ailleurs mieux justifier les soutiens publics à l'agriculture. "Il faut faire comprendre aux consommateurs que le maintien d'une agriculture dynamique les aide. L'inflation sur les produits alimentaires a été moins forte en France, grand pays agricole", argumente l'économiste. Il n'oublie pas un autre challenge pas facile à défendre en ce moment, mais pourtant essentiel : "Les producteurs doivent stimuler le goût d'entreprendre et entretenir la passion du métier".
Agnès Cussonneau
Photo : Vincent Chatellier précise que la filière devra relever des défis tels que la maîtrise des coûts de production, le partage de la valeur ajoutée, la défense collective des intérêts des producteurs…