
En Bretagne, l'expérimentation en plants de pomme de terre est gérée par une commission, structurée depuis 2003, qui décide des orientations et choix d'essais chaque année. Cette "Commission expérimentation et développement technique" rassemble les représentants des producteurs, des collecteurs, de l'INRA, de la FNPPPT (Fédération Nationale des Producteurs de Plants de Pomme de Terre) et de Bretagne-Plants. "Le regroupement des différents acteurs permet de rassembler des informations venant du terrain comme des marchés", précise Emmanuel Guillery, directeur de Bretagne-Plants. Ainsi, les expérimentations lancées sont réactives et collent aux problématiques des producteurs et des commerciaux de la filière notamment.
Utilisation de l'azote organique
Visant en premier lieu l'amélioration technique et économique tout au long de la filière, les expérimentations prennent depuis quelques années une teinte plus environnementale. Les techniciens et producteurs planchent notamment sur l'intérêt de l'azote organique (lisier, fumier), qui pourrait être utilisé en complément de l'azote minéral. "La culture de pomme de terre n'est pas trop gourmande en éléments nutritifs, mais a des besoins impératifs au moment de la pousse, sur une période d'un mois. La disponibilité en azote notamment ne peut être aléatoire à ce moment : une part de minéral doit être conservée", note Philippe Dolo, responsable développement technique et expérimentation terrain à Bretagne-Plants.
Outre l'aspect environnemental lié à l'utilisation d'azote organique, l'intérêt économique n'est pas négligeable compte tenu de l'augmentation du prix des engrais minéraux. "Plus de la moitié des producteurs de plants bretons gèrent aussi des productions animales, et bénéficient donc d'engrais organiques sur leur exploitation". Philippe Dolo ajoute que les producteurs de plants travaillent depuis longtemps sur l'ajustement de la dose d'azote pour lutter contre les « Erwinia » (symptômes de jambe noire sur tiges) et mieux conserver les tubercules.
Une irrigation plus précoce
Concernant l'irrigation, plutôt pratiquée dans le Morbihan et le Sud Finistère, la filière essaie d'optimiser le seuil de déclenchement. "Il pourrait débuter plus précocement, à partir de la levée. L'arrêt de l'irrigation se ferait aussi plus rapidement. L'eau est valorisée très tôt", précise le technicien. La micro-irrigation et la ferti-irrigation sont aussi des pistes à développer. Le décompactage, réalisé à l'automne, sur des terres sèches en profondeur, pourrait par ailleurs aider la plante à s'enraciner. Différents outils sont testés.
La baisse du poste de charges "produits phytosanitaires" compte aussi parmi les préoccupations des producteurs de plants. La lutte préventive contre le mildiou, principal ennemi de la pomme de terre en Bretagne, passe par le recours à des fongicides qui sont de plus en plus chers et dont l’usage est susceptible de se durcir au regard de la législation (Plan EcoPhyto 2018...).
Déjà mieux appréhendé grâce au logiciel Mileos® (Arvalis-Institut du Végétal – ONPV), le mildiou fait l'objet d'expérimentations de moyens de lutte alternatifs. "Des engrais foliaires à base de phosphites sont testés", remarque Christophe Corre, responsable des expérimentations sur la station Bretagne-Plants. L'action des SDN (stimulateurs de défenses naturelles) est aussi observée sur pomme de terre. Le cuivre utilisé en production biologique pourrait être associé à d'autres substances. La sensibilité variétale au mildiou est également testée.
Autre problème majeur, le taupin prend de l'importance en Bretagne, avec une nouvelle espèce à cycle court, Agriotes sordidus, venue du Sud de la France qui présente un taux de multiplication plus important. "Nous disposons de moins de substances actives sur ce ravageur et les produits sont plus chers". D'où l'importance de raisonner en fonction du réseau de piégeage des adultes mis en place sur les zones de production. "Il informe sur la population de taupins et aide à la décision de traitement". Les façons culturales sont d'autres actions de lutte envisagées : les déchaumages répétés sont une pratique à encourager.
La moutarde brune testée au niveau français
Intéressante pour les producteurs de plants comme de consommation, l'utilisation de la moutarde brune en couvert végétal est testée à l'échelle nationale. Elle aurait un "effet désinfectant" sur certains champignons du sol (Rhizoctone brun notamment). "En Bretagne, deux expérimentations sont conduites : en conventionnel et en bio. D'autres cultures dérobées à destruction par le gel sont testées : phacélie, moutarde, avoine jaune. La destruction des couverts doit être précoce pour laisser de l'eau à la pomme de terre", indique Philippe Dolo.
Des techniques de désherbage également utilisées en bio peuvent être intéressantes en conventionnel : herse étrille, rebutteuse. Ces matériels demandent de la main d'œuvre, mais permettent une bonne maîtrise des adventices. La vigilance est aussi de rigueur car les tiges doivent être préservées pour maintenir les rendements.
Agnès Cussonneau
Photo :Les essais anti-mildiou concernent des moyens de lutte alternatifs : engrais foliaires, stimulateurs de défenses naturelles, cuivre avec d'autres substances… La sensibilité variétale est également testée.
Avec ses partenaires, Bretagne-Plants devient Institut Technique
L'expérimentation en plants de pomme de terre bretons est réalisée sur la station Bretagne-Plants (plus de 3 hectares d’essais en microparcelles en 2009) et chez les producteurs (une quinzaine d’hectares). L'appui technique passe par les techniciens et différents moyens de vulgarisation : démonstrations, fiches techniques, bulletins d'information... Bretagne-Plants, regroupé avec les deux autres Etablissements Producteurs Régionaux ou EPR (Comité Nord et Grocep) et la FNPPPT, vient d'obtenir le statut d'Institut Technique Agricole. Cet agrément va permettre l'accès à certains programmes de financement pour l'expérimentation. Le nouvel institut travaillera en partenariat avec Arvalis-Institut du végétal qui gère davantage la partie pomme de terre de consommation. En 1996, Bretagne-Plants avait obtenu l'agrément BPE (Bonnes Pratiques d'Expérimentation).