
Dans un contexte de croissance de la demande mondiale de viande de volaille, l'un des enjeux pour la France est de conserver une place sur l'échiquier international", explique Pascale Magdelaine, responsable du service Economie de l'Itavi. Depuis 10 ans, la demande de viande de volaille est en croissance de 3,8 % par an. "Trois acteurs mondiaux (le Brésil, la Chine et les USA) se partagent plus de la moitié de cette croissance et l'Europe pèse de moins en moins".
L'Union européenne à peine autosuffisante
"Le principal handicap de l'Europe, c'est son manque de compétitivité. Le surcoût de production est de l'ordre de 50 % par rapport au Brésil, à cause de la réglementation, des charges fixes et du coût des intrants". Au sein même de l'Union européenne à 27, la dynamique est différente entre des pays dont la production continue à croître (Allemagne et Pologne) et d'autres comme la France, où la production est en chute. "Globalement, l'Union est toute juste autosuffisante en viande de volailles et les prévisionnistes prévoient qu'elle deviendra importatrice nette en 2014".
La situation mondiale évoluera en fonction de plusieurs facteurs. La parité monétaire euro-dollar influe sur le devenir des exportations. La crise économique a un impact sur la demande des consommateurs. Par ailleurs, on note une concentration des acteurs sur la scène mondiale et l'avenir des restitutions reste lié aux négociations OMC qui sont au point mort.
Le recul des exportations
"Les difficultés de la production française proviennent en grande partie du recul de nos exportations au sein de l'Union", observe Pascale Magdelaine. Ainsi vers l'Allemagne, notre part de marché est passée de 23 % à seulement 6 %, au profit du Brésil. Au Royaume-Uni, La part de marché de la France passe de 25 % à 5 %, au profit de la Thaïlande, qui a su s'adapter en exportant des produits cuits, suite à l'influenza aviaire.
Au sein de la filière française, la dynamique est également différente entre productions. Sur 1,85 million de t. de viande de volailles produites en 2008, le poulet représente 1,01 million de t. et les volumes ont légèrement progressé depuis 2 ans, sans retrouver le niveau de 2000. En dinde, la situation est nettement plus tendue avec une baisse de 40 % sur 8 ans. La situation est encore tendue au premier semestre 2009 car les volumes produits ont encore légèrement chuté (-3,5 % en poulet).
L'attractivité du métier
Les volets sanitaires et bien-être animal sont des dossiers d'actualité pour l'Europe. Ils pourraient servir à différencier nos productions locales, des produits importés. L'intérêt des producteurs et des entreprises françaises est de mettre en avant ces critères, afin de coller à la demande des consommateurs tout en respectant la praticité et le prix.
Les leviers d'action existent, ils sont liés aux stratégies d'entreprises. Les alliances entre partenaires français et européens peuvent constituer un atout dans le maintien des parts de marché. "La stratégie doit aussi être collective car l'avenir est lié à l'attractivité du métier d'aviculteur par son image, par un meilleur partage de la valeur ajoutée". La revalorisation du métier d'éleveur est indispensable pour motiver des installations et maintenir des investissements de rénovation car le parc de bâtiments ne cesse de vieillir.
Patrick Bégos
Photo : Face aux nouvelles attentes des consommateurs (nutrition, santé, bien-être, prix, praticité), la viande de volaille a des atouts (ici des poulets fumés).
Une consommation stable
La consommation globale de viande de volailles se stabilise autour de 25,7 kg/habitant. "Nous avons encore une marge de progression, car en Grande-Bretagne, la consommation se situe à un niveau 2 fois plus élevé", note l'économiste. "La dynamique a été tirée par le développement des produits élaborés, jusqu'en 2007. La volaille a su innover avec des recettes nouvelles et des goûts différents. Mais cette tendance est fragile et à double tranchant car ces produits sont surtout fabriqués avec des viandes importées".