
Le nouveau ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche Bruno Le Maire s'est déplacé à Lanouée dans le Morbihan lundi 20 juillet, avec pour objectif la présentation de son plan de redressement de la filière laitière en trois étapes. Il a participé à une réunion de travail avec les syndicats agricoles et des acteurs de la filière laitière et a également rencontré des représentants de l'Etat, des élus locaux et près de 400 producteurs laitiers, majoritairement livreurs à Entremont Alliance. Dans l'après-midi, le ministre a visité l'usine Entremont de Missiriac (près de Malestroit).
Entremont, une solution industrielle pour fin août
"Le plus urgent est de trouver une solution industrielle pour Entremont, si possible avant fin août. Les discussions sont accélérées sur deux mois. Pour cette taille d'entreprise, il faut plutôt compter six mois à un an habituellement", a souligné le ministre, rappelant aux producteurs les avancées obtenues sur ce dossier. "Même s'il n'est pas formidable, nous avons réussi à relever le prix payé aux producteurs à 245 euros aux 1 000 litres de lait pour les mois de juillet et août, le temps de redonner des perspectives à Entremont. L'association des éleveurs de Bretagne apporteurs de lait à Entremont Alliance (AEBEA) va pouvoir participer aux travaux du Ciri, Comité interministériel de restructuration industrielle, pour faire valoir ses points de vue. Jamais aucune association n'a eu ce droit auparavant". Pour le ministre, ces solutions doivent être "considérées avec un peu de sérénité. Elles apportent une voie de sortie".
Dans la salle, le mécontement des éleveurs était pourtant tangible. "Le prix de 245 euros n'est pas un compromis, c'est une catastrophe", a lancé l'un d'eux au ministre. "J'ai conscience que votre situation est très difficilement tenable", a reconnu ce dernier. "Mais je vais veiller à ce que les choses aillent vite". En réponse aux producteurs demandant des exonérations de charges, des reports d'annuités d'emprunts ou encore le décalage de leur obligation de mise aux normes, le ministre a déclaré qu'il allait "examiner les mesures proposées". Il entend par ailleurs "écrire aux banques et à la MSA pour leur demander de faire preuve de la plus grande compréhension" face aux situations difficiles.
Pour Laurent Kerlir, président de la FRSEA Bretagne, le cas Entremont doit être réglé rapidement, "pour ne pas laisser les industriels jouer la montre. Entremont comprend un outil important avec des coûts de collecte performants en Bretagne". Il précise aussi qu'une solution pérenne doit être trouvée, avec un horizon de 5 à 10 ans.
La contractualisation en projet
La deuxième étape prônée par Bruno Le Maire est la "nouvelle organisation de la filière laitière, en lien avec l'ensemble des acteurs concernés". Elle passe à ses yeux par la conclusion de contrats entre producteurs et industriels, sur une base collective et non individuelle. "Pour que les éleveurs sachent où ils mettent les pieds quand ils livrent leur lait". Sur ce thème de la contractualisation, Bruno Le Maire a demandé la formation d’un groupe de travail laitier qui devra rendre ses conclusions avant le 1er octobre. A défaut, c’est le gouvernement qui se chargera d’introduire ce principe dans le projet de loi d’orientation agricole qu’il concoctera avant la fin de l’année.
Enfin, le ministre va tenter de convaincre les partenaires européens de la France de mettre en place de nouveaux outils de régulation du marché laitier, "plus efficaces que les quotas". L’objectif affiché du ministre au travers de son plan anti-crise est de "garantir une rémunération juste et stable des producteurs laitiers, tout en renforçant la compétitivité de la filière laitière".
Agnès Cussonneau
Photo : Micro en main, près du premier rang, le ministre s'est adressé de manière directe aux producteurs livreurs à Entremont et aux élus.
Pour la Confédération Paysanne, le ministre "achète la paix sociale"
Selon la Confédération Paysanne, le ministre s'est déplacé pour "acheter la paix sociale. A plusieurs reprises, il a souligné que les conflits n'apporteront rien aux producteurs. Or, des mouvements durs qui ont eu lieu en France et ailleurs ces derniers temps ont été payants", souligne Jean Cabaret, porte-parole du syndicat. Il ajoute que "250 euros / 1 000 L n'est pas un prix acceptable". Le porte-parole a par ailleurs fait remarquer au ministre l'intérêt des quotas : "un outil de régulation qui permet d'adapter l'offre à la demande". La Confédération paysanne maintient sa demande de gel de 5% de la référence européenne.