
Sa peau est rosée à cuivrée, ses écailles internes se démarquent grâce à leur liseré rosé. L’Oignon de Roscoff est préparé manuellement, souvent tressé, selon la tradition des Johnnies. Il se distingue aussi par son odeur fruitée et sa texture croquante quand il est cru. Cuit, il développe son goût sucré et fruité et devient fondant. Depuis le 17ème siècle, l’oignon rosé trouve à Roscoff et dans les communes alentour, des terres et un climat favorables à sa culture.
C’est surtout à partir du 18ème siècle que cette plante s'y est développé. Au 19ème siècle, les Johnnies (qui allaient vendre les bulbes au porte à porte en Angleterre) ont accru la notoriété de l’Oignon de Roscoff. La crise économique des années 1930, la deuxième guerre mondiale, le protectionnisme anglais… ont entraîné une chute de la production. Dans les années 1960, 15 à 20 000 tonnes étaient encore produites dans la région de Roscoff. Dans les années 90, les quantités étaient divisées par dix.
Conscients que leur produit, pourtant typique, ne parvenait pas à se démarquer des autres oignons (produits à échelle industrielle donc à moindre coût), les producteurs ont entamé une réflexion en 1989 pour mieux le valoriser. L’oignon "grappe" de 1 kg, nettoyé et tressé manuellement dans les exploitations, est lancé en 1992 et rencontre un vif succès. Dans le but de protéger leur produit, les producteurs choisissent de se lancer dans une démarche AOC (Appellation d’origine contrôlée). En 1992, ils se regroupent en syndicat sous la présidence de Robert Jézéquel.
"Un premier dossier AOC est déposé en 1994. De 1995 à 2002, les producteurs travaillent surtout sur les conditions de production. En 2002, un nouveau syndicat voit le jour, représentant mieux les autres acteurs (Johnnies, indépendants…)", a rappelé Claire Gouez de la Chambre d'agriculture, lors de l'assemblée générale du syndicat, le 10 juillet à Roscoff.
Un travail sur l’aire géographique en 2004, le conditionnement manuel garant de la qualité en 2005… Le chemin est long pour arriver jusqu’à l’AOC. C’est aujourd’hui chose faite, reste à la faire fructifier. Pour être moins facilement copiés, les producteurs ont fait le choix du nom "Oignon de Roscoff" (et non "Oignon rosé de Roscoff").
65 ha d'Oignons de Roscoff en 2009
"Un logo a été créé et déposé, présentant un caractère jeune et facilement repérable", ajoute Robert Jézéquel, président du syndicat. La traditionnelle Fête de l’Oignon de Roscoff va continuer à appuyer la communication (les 22 et 23 août cette année). En 2009, une cinquantaine de producteurs ont mis en culture 65 ha d'Oignons de Roscoff. Plus de 1 300 tonnes devraient être commercialisées sous AOC. Une centaine de producteurs situés sur l'aire géographique sont susceptibles d'entrer dans la démarche.
Agnès Cussonneau
Photo : De gauche à droite : Joseph Seïté (maire de Roscoff), Robert Jézéquel (président du syndicat de l'AOC Oignon de Roscoff) et Gérard Martineau de l'INAO.
Quelques points du cahier des charges
L'AOC Oignon de Roscoff peut être produite sur 24 communes (dont 3 retenues seulement en partie). Les parcelles doivent respecter des critères favorables à la production (critères topographiques, pédologiques, pas d'irrigation sauf dérogation…) et être identifiées par l'INAO (demande à faire avant le 1er novembre de l'année qui précède). Les semences et les bulbilles doivent être produits sur l'aire AOC.
Le soulevage fait partie des secrets de qualité de l'Oignon de Roscoff : une lame est passée dans la terre pour couper la racine rapidement après que les feuilles soient tombées. Par ailleurs, la queue doit être sèche au toucher et de 5 cm de longueur minimum. Le calibre va de 30 à 80 mm. Cet oignon se conserve naturellement sans traitements anti-germinatifs. Trois niveaux de contrôles vont se côtoyer : des autocontrôles réalisés par le producteur, des contrôles internes par le syndicat et externes par Ouest inspection.