
A St Méen-le-Grand (35), Huguette et Thierry Simon ont ouvert leurs portes dans le cadre d'une opération menée par la Chambre d'Agriculture, en partenariat avec Ovi-Ouest. Plus de 130 personnes ont pu voir un atelier où la motivation et la technicité des éleveurs ainsi que la démarche qualité ont permis d'atteindre des résultats technico-économiques intéressants.
Un logement fonctionnel
La production ovine a séduit Huguette et Thierry Simon en 2006. "Il nous fallait une autre production pour compléter le lait (290 000 L) et les taurillons", résume Thierry. "L'atelier ovin pouvait se monter en parallèle de la production laitière, avec une mécanisation possible de l'alimentation, sans achat de matériel supplémentaire". Le choix s'est porté sur la production d'agneaux de bergerie, avec une intensification de la conduite d'élevage.
Avoir de bonnes conditions de travail était l'une des priorités. La construction d'une bergerie (30 m x 15 m) avec couloir central, cases d'agnelage, abreuvoirs, cornadis, permet l'accès de la désileuse pour l'alimentation et le paillage. "Ce bâtiment apporte des facilités pour la mise en lots, l'alimentation, la surveillance des agnelages. C'est un élément clé dans les résultats techniques", estime l'éleveur.
Une bonne productivité
Le cheptel a été le second investissement important. L'achat a porté sur 196 agnelles Romane, d'une seule origine. Cette race a été choisie pour sa prolificité et sa valeur laitière. Le renouvellement est acheté chaque année.
La rentabilité d'un atelier ovin est surtout liée à la productivité. Le troupeau a été divisé en deux lots de 100 brebis avec trois périodes d'agnelage par an : septembre, janvier et mai. Le croisement terminal est réalisé par des béliers charollais. Les luttes naturelles sont courtes (35 jours) avec un contrôle par échographie à 40 jours, après retrait du bélier. Les brebis vides passent dans le lot suivant. Cette échographie systématique permet de connaître à l'avance le nombre d'agneaux par brebis et par lot et de s'organiser en conséquence.
De la rigueur
"Pour bien mener la conduite de 3 agnelages en 2 ans, il faut de la rigueur dans la reproduction et dans l'alimentation", déclare Alain Gouédard, de la Chambre d'Agriculture d'Ille et Vilaine. "Les brebis en lactation restent en bergerie jusqu'au sevrage des agneaux à 75 jours. Leur alimentation est à base d'ensilage de maïs ou d'herbe (voir rations)". Durant l'hiver, l'alimentation est calquée sur celle des vaches pour simplifier le travail. Les brebis taries sont en pâture.
Les agneaux reçoivent un aliment démarrage dès 3 semaines puis sont engraissés avec des céréales et un aliment azoté complémentaire. Après le sevrage, ils sont mis en lots par sexe et pesés chaque semaine. "Dès le départ, nous nous sommes engagés dans la certification des agneaux, CCP ou label. Le taux moyen de certification est de 72 % (plus-value de 0,30 ou 0,60 euro/kg selon la saison)", précise Huguette.
Comparable aux vaches
L'élevage dégage une marge brute de 130 à 150 e/brebis, supérieure de 50 % à la marge brute moyenne des élevages de bergerie. Cette performance repose sur la productivité qui atteint 2,84 agneaux/brebis, compte tenu des 3 agnelages en 2 ans. La productivité pondérale (poids produit par brebis) atteint 48 kg contre moins de 30 kg dans la moyenne des élevages. La marge brute/ha se situe entre 2 600 et 2 800 euros, soit un niveau comparable aux vaches. Pour la production ovine, les investissements se sont élevés à 95 000 euros dont 60 000 euros en bergerie, 30 000 euros en cheptel et 5 000 euros en matériel divers. L'exploitation a perçu 17 500 euros d'aides.
"Au niveau du travail, nous essayons de ne pas avoir d'agnelages durant les pointes de travaux, par exemple les semis de maïs", souligne Thierry. L'alimentation du troupeau demande en moyenne 1 heure par jour en bergerie. L'agnelage nécessite de la présence, mais la période est bien déterminée. L'échographie donne une estimation du nombre d'agneaux à naître et l'organisation est faite en conséquence. En production ovine, les horaires sont plus souples, d'où la bonne complémentarité avec le lait.
"Cette conduite intensive est l'un des systèmes possibles", confie Alain Gouédard. "Elle n'est pas applicable partout. Chaque éleveur en fonction des contraintes de son exploitation doit déterminer son propre système. Des systèmes herbagers bien conduits sont également performants".
Patrick Bégos