
Produit haut de gamme, la viande de canard pourrait subir les conséquences de la baisse de pouvoir d'achat des Français. Cela n'a pas été le cas en 2008 où la production a été quasiment stable pour le canard à rôtir (103 300 t). La France réalise plus de la moitié de la production européenne devant l'Allemagne, la Hongrie et le Royaume-Uni. La Bretagne produit 22 % des tonnages français de canard à rôtir.
Un produit festif
"La production française se distingue par la souche utilisée : nous produisons essentiellement du canard de barbarie alors que les autres pays européens ont opté pour le pékin", explique Gilles Le Pottier, délégué du Cicar. Au plan communautaire, la consommation de canard ne dépasse guère 1 kg/hab/an. En France, elle atteint 3,5 kg/hab/an. Globalement, elle est en retrait de 1,9 % en 2008, pénalisée par le niveau des prix en progression de 5,6 %. Avec un prix moyen de 14,27 euros/kg, le filet de canard se positionne parmi les viandes haut de gamme.
"Le canard demeure un produit festif, très demandé au moment des fêtes de Noël, du jour de l'An et du nouvel An chinois et vietnamien", précise G. Le Pottier. En été, la clientèle délaisse un peu le canard pour se tourner vers des produits estivaux, type barbecue. Cependant, le filet de canard présente une saisonnalité moins forte, ce qui facilite l'organisation de la production.
Rajeunir la clientèle
"Le profil de clientèle est également assez marqué par la part qu'y prennent les seniors avec un bon pouvoir d'achat : 60 % de clients ont plus de 50 ans", souligne Philippe Guillet, président du Cicar. La pénétration du filet de canard dans les jeunes ménages (- de 35 ans) s'effrite toujours. Les opérations de communication comme "canard en chef" visent à promouvoir la viande de canard auprès des jeunes générations, en leur proposant des recettes faciles et adaptées au nouveau de mode de consommation à domicile. "Dans le contexte de restriction des dépenses des ménages, nous devons être vigilants et prudents".
L'exportation est devenue une composante majeure de l'équilibre du marché intérieur, notamment pour le filet qui est majoritairement exporté. Près de 24 % de la production part à l'étranger, notamment vers l'Allemagne, le Royaume-Uni et même vers les tables du Japon. Les importations sont en baisse de 11 %. Elles provenaient essentiellement des pays de l'Est.
L'avenir de ces exportations est lié au dispositif de prévention sanitaire. Deux cas d'influenza aviaire, faiblement pathogènes, ont perturbé les transactions commerciales internationales. "De nouvelles actions sont à conduire pour convaincre les gouvernements lointains de la fiabilité de notre dispositif de prévention sanitaire", estime Philippe Guillet.
Patrick Bégos
Photo : Philippe Guillet, président du Cicar (à droite) et Claude Martin, trésorier.
Environnement et bien-être
Les critères d'environnement et de bien-être pèsent également sur l'avenir. L'espèce barbarie est élevée sur caillebotis intégral. Ce qui apporte des avantages : sanitaire, qualité d'ambiance dans le bâtiment, maîtrise du griffage et piquage, viabilité, réduction des pododermatites. Le Cicar a décidé de comparer les deux pratiques (caillebotis intégral et paille) en prenant comme unité d'appréciation le bilan carbone et en mesurant l'impact sanitaire et bien-être de chaque mode d'élevage. Des réflexions sont également en cours, sur la séparation de phases du lisier de canard. La partie solide serait transportable après compostage.