
La conduite d'un élevage de 180 truies, seul avec un appui parental ponctuel lors de la journée des mises-bas, impose de la rigueur dans l'organisation du travail. Emmanuel Esnaud a pris plusieurs mesures sur son élevage pour soulager la charge de travail et concilier activité professionnelle et vie de famille. Outre l'automatisation totale de la distribution d'aliment, la principale mesure concerne, selon lui, le passage en cinq bandes. "Il y a désormais 13 semaines de mises-bas au lieu de 17 auparavant". Moins de journées de surveillance des naissances. De plus, elles sont groupées à 90% le jeudi. Les truies entrées en maternité sont sous Régumate les dimanche, lundi et mardi, et "planatées" le mercredi. "C'est un gain de temps de surveillance, les adoptions sont facilitées, les soins sont regroupés et la gestion de la transition alimentaire est facilitée". Le Régumate pourrait toutefois être prochainement supprimé. Pour éviter les mises-bas de fin de semaine, le sevrage a lieu le mercredi. Les premières inséminations sont effectuées le lundi matin sur les truies immobiles au verrat le dimanche.
Lavage des préfosses
Emmanuel Esnaud insiste sur l'atout sanitaire de cette conduite. "C'est une conduite en bande stricte. Il n'y a jamais de truies en excédent ou hors bande. Elles sont réformées même si elles sont pleines". L'éleveur est vigilant sur l'état d'engraissement des truies. "Elles sont allotées en fonction de leur état, jugé par palpation (alimentation soupe). J'utilise un aliment biphase en gestante. Les truies sont moins conformées et les mises-bas facilitées. Les fouilles sont rares". Le lavage des post-sevrages a également été étudié pour économiser du temps. Les fosses sont équipées de caniveaux pour évacuer le lisier. "Je gagne 30 minutes par salle pour laver les préfosses". Son ordinateur de poche (PDA) lui permet de saisir beaucoup de données de l'exploitation rapidement. Les évènements de l'élevage, GTE, GTTT, les fiches bande, la préparation des commandes de produits pharmaceutiques mais aussi le plan de fumure, les traitements phytosanitaires ou les documents Pac. Enfin, l'éleveur insiste sur la nécessité d'un entretien régulier et rigoureux des bâtiments et des équipements.
Passage en quatre bandes ?
Dès juillet 2009, l'automatisation de la FAF permettra un nouveau gain de temps et de précision en fabrication (tous les aliments sont produits sur place sauf le 1er âge). Le passage en quatre bandes est envisagé. "C'est possible, à condition d'embaucher un salarié à certaines périodes". En adhérant, par exemple, à un groupement d'employeurs.
Les heures travaillées par l'exploitant en conduite en grandes bandes sont très variables en fonction des semaines. Cette hétérogénéité permet d'avoir plus de disponibilités pendant les semaines creuses. Pour les exploitations avec un ou plusieurs salariés, la conduite en grandes bandes permet d'optimiser le temps de présence des employés, en se concentrant sur les semaines essentielles et en permettant de dégager des journées de récupération en semaines creuses.
Bernard Laurent
Photo : Emmanuel Esnaud conduit un élevage de 180 truies sur une exploitation de 100 hectares tout en étant président de Cuma, membre du Conseil porc de Coopagri 35 et père de quatre jeunes enfants.
3 heures 23 minutes en moins dans la semaine
Les résultats de l'enquête Capig concernant l'organisation et la productivité en élevage porcin donnent raison aux éleveurs qui choisissent la conduite en 4 ou 5 bandes pour gagner du temps. Selon cette étude, réalisée dans 40 élevages, le nombre d'heures travaillées par un éleveur, sur une semaine, diminue de trois heures et demie en moyenne grâce au passage d'une conduite de 7 à 4 ou 5 bandes, dans des élevages de 200 truies (1,5 heure en moins/truie/an). Le nombre de porcs produits par truie et l'indice de consommation sont similaires dans les deux cas. Le nombre de jours de congés et de week-ends libres sont également identiques dans les deux types de conduite.
>>>> Prochainement :
Les résultats de l'enquête Capig sur le passage de 20 à 10 bandes. Témoignages de deux éleveurs.
Productivité : du temps de travail pas toujours rentable
Les résultats d'une enquête Capig le démontrent: le temps de travail, ramené à la truie, est très variable selon les élevages. Plus de temps passé ne signifie pas meilleures performances.
Après l'alimentation, la main-d'œuvre constitue le deuxième poste de charge sur un élevage porcin. La productivité ne cesse pourtant d'augmenter. 90 kilos de carcasses sont produits par heure de travail, en moyenne, dans les élevages français (40% de plus en dix ans). La productivité des truies a augmenté de 16% sur cette période. Le gain de temps de travail par truie est cependant d'une vingtaine de minutes chaque année. "2,45 heures exactement pour les six dernières années, dans les élevages Capig enquêtés, soit 12 heures par semaine pour un élevage de 200 truies", précise Anne Durand, technicienne à Coopagri Bretagne. L'automatisation de l'alimentation y est pour beaucoup.
Les 59 élevages enquêtés ont été classés en trois catégories (sans salarié, avec un salarié et avec plusieurs salariés). Tous ces élevages ont une distribution automatisée de l'aliment en verraterie-gestante, en post-sevrage et en engraissement. Avec 17 h 45 par truie et par an, la productivité du travail est meilleure dans les exploitations où plusieurs salariés travaillent sur l'atelier porcin (19 h/truie/an, dans les élevages sans salarié). L'économie d'échelle induit un léger gain de temps.
Surveillance
Dans chacune des catégories d'élevages, les différences de temps de travail, ramenées à la truie, sont importantes: de 15 h 30 pour le tiers supérieur des élevages à 23 h pour le tiers inférieur dans les deux premières catégories ; de 15 h à 18 h 30 dans la troisième (avec plusieurs salariés). D'où proviennent ces différences ?" Les tâches quotidiennes (raclage, surveillance, alimentation) sont chronophages et expliquent la majeure partie de la variation". Le temps de surveillance des mises-bas est également variable selon les élevages. Qu'en est-il des résultats ? "Dans les élevages sans salarié, le nombre de porcelets sevrés par portée est le même (11,5) dans les élevages du tiers supérieur et du tiers inférieur en temps de travail. Malgré un temps passé, autour des animaux, moins important, l'indice de consommation est même meilleur dans les élevages du tiers inférieur". En ce qui concerne le poste reproduction, le double de temps est nécessaire au tiers inférieur pour effectuer les inséminations. La prolificité est pourtant la même. Les six heures supplémentaires travaillées par truie et par an, sur l'ensemble de l'élevage, ne sont pas rentabilisées.
Les remarques sont valables pour les élevages avec un ou plusieurs salariés.
Les tâches quotidiennes restent le principal facteur de variation. "La différence est toutefois moindre entre le tiers inférieur et le tiers supérieur dans les élevages où il y a plusieurs salariés. (3 h 20 contre 6 h 30 dans les élevages sans salarié). Lorsqu'un exploitant dirige plusieurs salariés, une standardisation de la durée des tâches se produit". La marge de progrès demeure importante dans nombre d'élevages.
Bernard Laurent