
Cadrées. Chez Mickaël Rouault et son frère Benoît, éleveurs avec deux salariés à Landehen (22) en porc et viande bovine, les choses sont plutôt cadrées. "Non, on ne compte pas modifier de si tôt le fonctionnement de notre troupeau, note d'ailleurs Mickaël, en charge des 60 Limousines et de leur suite. Il nous satisfait." D'autant que les performances économiques sont au rendez-vous : 1 490 euros de marge brute viande / ha (1 150 par vache) quand celle de la moyenne des exploitations bretonnes (naisseur – engraisseur) atteint 1025 euros. Un résultat obtenu grâce à une bonne maîtrise des charges (362 euros par ha en maïs et 108 euros en herbe, ni l'un, ni l'autre, ne recevant d'engrais) et à une maximisation du produit, à plusieurs niveaux. À commencer par celui du chargement : 2,5 UGB / ha de SFP (entre autres permis par les 10 ha d'ensilage de RGI en dérobée).
Tout le monde vêle
Côté troupeau, les éleveurs se donnent comme priorité de maximiser le nombre de veaux produits. Ainsi, ils font vêler toutes les génisses, sans opérer de tri au préalable entre reproduction et engraissement. Par ailleurs, les vaches improductives ne sont pas gardées, même si elles fournissent de bons veaux. Pas de sentiment. Un réflexe que les deux frères ont hérité de leur travail en bandes avec le cheptel porcin. En découle un intervalle vêlage – vêlage moyen de 375 jours (la reproduction étant assurée par monte naturelle, pour une question de simplification du travail). Enfin, les éleveurs ne laissent pas vieillir leurs vaches, 100 % d'entre elles partant de l'exploitation avant l'âge de 6,5 ans, soit l'âge limite pour une commercialisation en label.
Objectif 100 % label
Cette voie de commercialisation est en effet la priorité des éleveurs, si possible pour 100 % des femelles. Un objectif quasi atteint, puisque 90 % des femelles ont été vendues au label sur la dernière campagne. Et pas dans n'importe quelles conditions : près de 60 % d'entre elles ont été classées U – ou U =, avec un poids moyen de 415 kg de carcasse sur les 29 animaux vendus. D'où le prix net moyen de vente par femelle : 1580 euros. Les jeunes bovins, de leur côté, pesaient en moyenne 460 kg de carcasse à 19,8 mois sur la dernière campagne, soit un gain de carcasse de 765 grammes par jour de vie, à partir d'un régime maïs à volonté + 1 à 3 kg de mash en finition.
Fonctionnement en deux lots
Dernier élément expliquant la maximisation du produit, chez les frères Raoult : le fonctionnement des lots, destiné à optimiser l'occupation des bâtiments ainsi qu'à simplifier l'organisation de travail. Les vaches vêlent, en une seule période (septembre – octobre), à l'extérieur. Elles rentrent en bâtiment en novembre (l'an dernier le 15). Mi – avril a lieu la mise à l'herbe du premier lot : les 40 vaches, sur les 60, qui repartent pour une campagne, accompagnées des génisses, pleines, de deux ans. Les 20 autres vaches sont destinées à la réforme et ne sortent pas en même temps. Parmi elles, les deux tiers seront vendues après finition en été, alors que les cours sont au meilleur. Le tiers restant, qui vêle un peu après les autres, ressort au pâturage pour être réformé un peu plus tard. Ce groupe est accompagné, au pâturage, des plus petites génisses (1 an) restées en bâtiment jusque-là. "Elles sont élevées en zéro pâturage", explique l'éleveur. Les excédents de printemps (ensilage + foin) sont donc récoltés, et 10 ha d'ensilage de RGI en dérobée, après céréales et avant maïs, sont également réalisés. Un choix technique, qui découle du parcellaire morcelé et qui a pour but de limiter à deux le nombre de lots d'animaux à manipuler.
Anne-Laure Lussou
Le Gaec du Grand Carnais ouvrait ses portes, le 24 juin dernier, lors des journées "Innov' Action" de la Chambre d'agriculture des Côtes-d'Armor.
Photo : Mickaël Rouault (à gauche) est en charge de l'atelier allaitant tandis que son frère Benoît est responsable de l'atelier porcin (330 truies NE).