
Pollution bactériologique d'origine humaine ou animale ? Les analyses d'Ifremer permettent désormais de répondre à la question. Moins facile pour les mondes urbain et agricole de se rejeter la responsabilité des contaminations. En Loire-Atlantique ou en Morbihan, des associations comme Cap Atlantique ou Cap 2000 (conchyliculteurs, agriculteurs, pêcheurs) tentent, avec un certain succès, de résoudre les problèmes. "En baie de Pen-Bé (44), la dégradation continuelle de la qualité des eaux par Escherichia Coli entraîne un risque de déclassement de la zone (interdiction de vente de coquillages). La source est essentiellement d'origine bovine", affirme Chantal Brière, agricultrice et maire de Saint-Lyphard. Sur le bassin versant, une centaine d'exploitations peuvent être concernées. " Un courrier collectif a été expédié à tous les éleveurs pour leur rappeler les conditions d'épandage et les inviter à des réunions de sensibilisation. Nous avons, en parallèle, mis en place une démarche d'assainissement car une partie de la pollution est d'origine urbaine". Des analyses de résidus de pesticides ont, par contre, révélé une origine essentiellement urbaine. Des actions de sensibilisation des communes, des particuliers et des entreprises sont en cours.
Nombre de bactéries limité dans les composts
En Morbihan, Cap 2000 poursuit son travail d'acquisitions de références sur les transferts bactériologiques liés aux épandages d'effluents d'élevage. "Nous avons réalisé, cette année, des analyses sur les produits normalisés et des suivis de persistance des bactéries suite aux épandages". Philippe Le Dressay, agriculteur et président de l'association, espère trouver une alternative à l'utilisation d'engrais minéraux sur la zone littorale en cette période de volatilité des prix, tout en limitant les risques de pollution. "Contrairement aux fumiers frais, chargés en bactéries (Escherichia Coli et Streptocoques), les composts de fumiers de bovins, volailles ou les lisiers de porc mélangés avec des déchets verts en sont quasiment dépourvus". Les données confirment l'impact important des montées en températures (70° C pendant une heure) et du stockage des effluents, sans nouvel ensemencement, sur l'hygiénisation du produit (destruction des graines et des bactéries). Pour limiter les transferts bactériologiques, une solution est donc de travailler sur le produit avant épandage.
Des streptocoques, un mois après épandage des fumiers
Le suivi de persistance des bactéries après épandage de fumiers, effectué sur plusieurs parcelles, montre une survie des streptocoques fécaux plus longue que des Escherichia Coli. Des niveaux élevés de contamination ont été relevés un mois après épandage. "Par contre, sur les parcelles amendées avec des composts de volaille et de bovins, les concentrations sont indétectables à la surface du sol". Un essai d'analyse de l'impact des talus sur les transferts bactériologiques démontre les effets positifs de la filtration. "Nous évaluerons plus finement l'impact des dispositifs anti-ruissellement (talus, bandes enherbées) cet hiver". Ils seront complétés par des essais menés actuellement à la station de Kerguehennec.
Bernard Laurent
Photo : Élus, agriculteurs et conchyliculteurs se sont réunis lors de l'assemblée générale de Cap 2000, mardi dernier à Auray.
Valoriser les coquilles d'huîtres
Le Morbihan importe 100 000 tonnes d'amendement calcaire sous diverses formes. Le gisement local de coquilles d'huîtres, riches en calcium, représente un potentiel qui permettrait de couvrir 10% des besoins. La Cam 56 travaille depuis 2005 à la valorisation du gisement. Des tests positifs de collecte ont été réalisés chez les ostréiculteurs (2000 tonnes en deux ans). Des essais de broyage et d'épandage ont été effectués. Pour aller plus loin dans la démarche, la création d'un site de production de poudre de coquilles est nécessaire (stockage, broyage). En fonction de la finesse du broyage, plusieurs cibles de clientèle sont possibles: agriculteurs, particuliers, chimie. Une étude de faisabilité technique et commerciale permettra, en 2010, d'évaluer la pertinence du projet.