
Pour la quatrième année consécutive, l'Ille-et-Vilaine est le département français qui installe le plus de jeunes agriculteurs : 207 en 2008 (177 en 2007). Si le lait reste la production majoritaire (85% des installés ont une référence laitière), il est de plus en plus accompagné d'autres productions (viande bovine, porc, volaille…). Les responsables de l'Adasea, en assemblée générale le 24 juin à Rennes, observent par ailleurs une stabilité des installations en agrobiologie (9 en 2008) et une hausse pour les projets avec transformation et/ou vente directe (24 en 2008).
De plus en plus, l'installation agricole classique laisse la place à de multiples profils de jeunes agriculteurs. A l'image de Mickaël Amouriaux, producteur de volailles démarrées vendues à 3-4 semaines à des particuliers. "J'ai repris l'entreprise de mon patron (1600 m2, 90 à 100 000 volailles par an). Je projette de mettre en place un abattoir, comme service pour mes clients. Je souhaite aussi développer des produits halal, une demande existe sur Rennes", a-t-il décrit lors de l'assemblée de l'Adasea.
Gildas Gruel s'est quant à lui lancé dans le maraîchage bio à Pleine-Fougères depuis janvier 2008. Il commercialise ses productions via des paniers en Amap et des marchés. Elise Saulnier a rejoint son mari sur l'exploitation laitière basée à Pléchâtel. "Je ne suis pas issue du milieu agricole. Pendant 10 ans, j'ai travaillé comme assistante de gestion. C'est mon mari qui m'a transmis sa motivation pour l'agriculture. J'ai effectué un BPREA avant de m'installer et réalisé un stage en lait bio, pour découvrir ce mode de production".
À l'écoute des marchés
Intervenant également à l'assemblée, Michel Murgalé, économiste, a dressé un portrait global d'un monde en mutation dans lequel nous allons adopter de nouveaux facteurs de décision (remise en cause du PIB, prise en compte de la rareté des ressources…). "Confrontée à une augmentation de la demande, l'agriculture va devoir conserver un niveau élevé de productivité dans le respect de l'environnement".
Il donne quelques pistes de réussite aux agriculteurs, "qui devront être à l'écoute permanente de leurs marchés et mettre en place de la fidélisation". Il souligne que les stratégies d'endettement devront être adaptées. Une tendance qui n'est pas encore d'actualité : en 2008, le coût moyen d'une installation individuelle en Ille-et-Vilaine a progressé de 2,5% par rapport à 2007 (212 600 euros).
Selon l'économiste, le collectif humain devra par ailleurs retrouver ses lettres de noblesse, autour de projets partagés. "Le fonctionnement en groupes est une force pour anticiper, mais on a du mal à faire entrer les jeunes dans ces réseaux", évoque Jean-Luc Fossé, président de l'Adasea. Il ajoute un autre point fondamental pour l'avenir : "Les agriculteurs devront apprendre à gérer l'incertitude, ils ne sont pas préparés à cela".
Agnès Cussonneau
Photo : Michel Murgalé, Économiste
Chiffres de l'installation aidée 2008
- 29 ans en moyenne
- 26% d'installations de femmes
- 37% de reprise à un tiers
- 80% d'installations en société