
Le consommateur est versatile. Un jour, il parcourt les sobres allées des magasins discounts. Le lendemain midi, il achète un sandwich au coin de la rue. Le soir, il réchauffe au micro-ondes un plat préparé. Le vendredi, il achète des produits "terroir" pour se faire plaisir le week-end… Selon les moments, les consommateurs adoptent des comportements d'achats très différents. Les enseignes de grande distribution l'ont bien compris et diversifient leur offre produits et leurs lieux de vente. Ainsi, on observe le retour de grandes enseignes dans les centres-villes et en campagne autrefois délaissés, les ventes sur internet se renforcent… Les produits discount côtoient le bio et les labels dans les hypermarchés traditionnels…
Vers davantage de produits transformés
Dans leur évolution, les filières alimentaires doivent elles aussi intégrer ces comportements changeants. Comme l'a expliqué Franck Lehuédé, chercheur du Credoc*, lors de la session de la Chambre d'agriculture du 26 juin 2009, la démographie fait partie des facteurs d'influence à prendre en compte. "Une fois que le schéma alimentaire est mis en place pour une tranche d'âge, il est gardé. Nous avons observé ceci sur toutes les générations". Les jeunes générations consomment moins de produits frais (fruits et légumes, viandes), mais davantage de conserves et produits préparés (plats, yaourts…). "Nous savons que les consommateurs de demain achèteront de plus en plus de produits transformés".
Outre ce facteur démographique, les consommateurs français restent attachés à des valeurs fortes. "Même les jeunes aiment se faire plaisir en mangeant. C'est culturellement ancré dans notre pays. L'axe santé-nutrition fait aussi partie des attentes fortes en alimentation. Le bio et l'éthique sont des valeurs en hausse". Malgré la conjoncture actuelle qui place le prix au centre des préoccupations, ces valeurs sont des tendances de fond.
Une offre bretonne en phase avec les attentes
Des enquêtes réalisées avant la crise montrent que 81% des consommateurs souhaitent que les produits qu'ils achètent présentent des garanties d'hygiène et de sécurité. 78% veulent un prix compétitif, 68% un produit d'origine française et 68% un produit qui porte un label de qualité. "Les productions bretonnes répondent à ces exigences", fait remarquer Gilles Guillomon, élu Chambre. "La conditionnalité des aides Pac garantit une production respectueuse de la santé, de l'environnement et du bien-être des animaux".
A côté de ce socle commun concernant la totalité des productions bretonnes, certains acteurs sont engagés dans des démarches répondant à des marchés différenciés : signes officiels de qualité, cahiers des charges, filières interprofessionnelles ou privées, assurance qualité… "Par exemple en Bretagne, la Charte des bonnes pratiques d'élevage concerne plus de 80% des élevages. Agri-Confiance est mis en place chez 25% des producteurs. Le bio représente 2,2% de la SAU régionale. 1 660 producteurs sont engagés dans des démarches Label rouge", note Gilles Guillomon.
Globalement en 2007, la production sous signe officiel de qualité concernait 11% des agriculteurs bretons. En Ille-et-Vilaine, l'accroissement de la population représentera une opportunité pour les agriculteurs. "Le département pourrait accueillir 212 000 habitants supplémentaires à l'horizon 2030, soit une hausse de 21% de la population".
Agnès Cussonneau
* Centre de recherche pour l'étude et l’observation des conditions de vie.
Photo : "La démographie, les comportements des consommateurs, les enjeux environnementaux doivent être appréhendés comme des opportunités pour les producteurs", considère Joseph Ménard, président de la Chambre d'agriculture (2ème à droite).
POUR EN SAVOIR +
- Les élus de la FDSEA ont dénoncé "l'inefficacité des outils de régulation laitière qui ont plongé les producteurs européens dans la crise actuelle". Ils "soutiennent les signataires de l'accord du 3 juin, qui sans être suffisant était indispensable pour arrêter la spirale baissière des prix…"
- Concernant le 4ème programme d'actions de la directive nitrates, les élus ont estimé "raisonnable l'extension des règles de couverture des terres et de protection des bords de cours d'eau". Ils expriment par contre "leurs craintes de difficultés d'implantation des couverts végétaux lors de conditions automnales difficiles, particulièrement après maïs ensilage. Elles peuvent être sources de mauvaise perception des contrôles sur le résultat".