
Unanimité sur la nécessité absolue de voir remonter le prix du lait. Divergences sur les moyens d’y parvenir. À l’invitation de Vincent Pennober, nouveau responsable de l’UDSEA, les trois syndicats ont accepté de faire table commune pour apporter leur analyse sur la situation laitière.
De la vraie détresse
Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il y a urgence. Les 150 producteurs présents ne s’envolent pas dans des considérations stratégiques. Ce qu’ils voient c’est « la paie » de lait. « Combien d’entre nous vont tenir jusqu’à 2010 ? », interroge cette productrice. Un autre emploie l’expression « esclave de la filière ». On parle de « détresse ». Une détresse sur laquelle Olivier Lautrou, CR 29, met des chiffres : « A 180 e/1 000 litres comme le suggère le rapport Lambert sur la contractualisation, vous travaillez à 2-3 e de l’heure ».
Question qui vient immédiatement à l’esprit : comment font les producteurs d’Europe du Nord avec de tels prix ? « Ils ne gagnent pas leur croûte », lâche un responsable qui parle d’un revenu de 14 000 e/UTH au Danemark. « Avec des volumes deux fois supérieurs aux nôtres ». Des propos qui montrent que le lait est entré dans la logique libérale du « plus fort rafle tout » ; le plus fort étant celui qui résiste le plus longtemps à la crise.
Le donneur d’ordre dans tout ça, c’est le marché. Aujourd’hui, le lait consommé par les Français est de plus en plus européen. Ce qui exclut de maintenir un prix du lait artificiellement élevé sur l’Hexagone. « L’Europe du Nord en profite pour prendre nos marchés et par effet domino nous sommes contraints de fabriquer plus de produits industriels pour dégager notre production », fait observer Patrick Wecxsteen, directeur adjoint de la branche amont Entremont-Alliance. Et d’ajouter que « si l’on ne s’aligne pas sur le prix européen, on court vers un appauvrissement général de la filière lait en France ». Il illustre : « Aujourd’hui, avec 20 % d’écart de prix entre la France et les pays du Nord, 25 % du lait UHT et 25 % de l’emmental sont potentiellement originaires des autres pays européens ».
Approche différente
Face à cette situation, il y a les tenants du maintien des quotas. Voire ceux qui réclament « des attributions négatives ». Avec cette réalité, que l’application des quotas diverge dans l’Europe des Vingt-sept. « Il y a une incapacité structurelle à fédérer les décisions au niveau de l’Union ». Et ses conséquences évoquées dernièrement par Christophe Hamon, de Breiz Europe : « Quand la France fait de la régulation, elle le fait au profit des autres pays ». Pascal Prigent, FDSEA, estime aussi que « si tous les pays faisaient comme la France, l’offre diminuerait. Mais, loin de nous cette réalité. Et aujourd’hui, la situation nationale fait l’affaire des voisins européens ».
Contractualiser, alors. Vincent Pennober n’en veut pas. « L’accord du 3 juin prévoit de rentrer dans une démarche de contractualisation à partir de 2010. Mais tant qu’on ne sait pas ce qu’il y a dessous, il n’en est pas question », martèle-t-il en regrettant, une fois de plus, « l’absence de pluralité syndicale au sein de l’interprofession ». Et P. Wecxsteen d’ajouter qu’une « contractualisation n’a de sens que si elle se fait avec une unité de prix ».
Faudra-t-il en arriver à lagrève du lait pour débloquer la situation ? La Coordination en fait son cheval de bataille. C’est aussi l’aiguillon qu’agite l’Apli (Association des producteurs laitiers indépendants) qui, lundi, a tenu sa première réunion finistérienne à Bannalec. La Confédération veut quant à elle attendre la manifestation du 14 juillet à Strasbourg. Quant à la FDSEA, elle se veut très prudente sur cette initiative.
Didier Le Du
Photo : Mardi, Vincent Pennober, responsable UDSEA, avait entre autres invité Patrick Wecxsteen, directeur adjoint de la branche amont Entremont-Alliance.