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Finistère (29)
Chambre d’agriculture / Volatilité des prix - Unanimité lézardée sur la régulation
 

Des prix en montagnes russes. Une prise de conscience que les marchés, seuls, sont incompatibles avec le fonctionnement d’une agriculture aux cycles longs ; que l’agriculture manque de ressort financier pour amortir les aléas commerciaux. Jusque-là épargné, le lait fait aujourd’hui front uni avec les productions de porc et de légumes qui connaissent les soubresauts du marché depuis longtemps.
D’où l’invitation du président de la Chambre d'agriculture, lancée aux représentants des filières porcine et légumière à venir exposer leur analyse aux producteurs laitiers, lors de la dernière session de l’organisme consulaire qui s’est tenue au Relecq-
Kerhuon, lundi dernier. Avec ce préambule de Jacques Jaouen : « Nos filières ne peuvent être durablement fortes et compétitives que si le maillon principal qui les constitue, c’est-à-dire la production, reste économiquement fort et organisé ».


Les yeux rivés sur Bruxelles


Introduction bien tracée pour Pierre- Bihan-Poudec qui rappelle l’approche quarantenaire de la Sica de Saint-Pol : « Sans outils de régulation, la production bretonne n’existera plus. D’où la nécessité de convaincre Bruxelles qu’il faut garder des outils de régulation ».
Bruxelles. Mi-dieu, mi-démon. Bruxelles, une main généreuse, une main faucheuse. Le prétendu libéralisme du Finistère agricole est de la « gnognote » à côté de la détermination libérale des commissaires. « Toutes filières confondues, il faut être très fort face à Bruxelles », poursuit P. Bihan-Poudec. Une situation qui pourrait – devrait – changer, pense Mickaël Quernez, président de la commission économique du Conseil général, qui voit dans le Traité de Lisbonne, « une fenêtre ouverte pour donner du pouvoir aux politiques ». Avec cette évidence que l’on oublie trop souvent : « Les commissaires ne sont pas des fonctionnaires ; ils ont leur feuille de route avec les politiques ».
Attendre que la déesse protectrice Europe renaisse paraît cependant vain. Difficile de croire que Bruxelles reconstruira les hauts murs de sa citadelle commerciale. Nombreux sont les secteurs économiques qui n’en veulent pas. Et pour l’heure, il n’est pas d’actualité de faire l’agriculture une exception.


Considérer les nouvelles données


Conclusion : il faut d’abord compter sur soi-même. André Sergent, vice-président de la Chambre ne dit rien d’autre quand il observe « que la production laitière manque trop souvent de critères de rentabilité. Dans nos comptes d’exploitation, nous devons considérer les nouvelles données économiques ». Traduction : les coûts de production du lait doivent être plus compétitifs. Une analyse que, sans emprunter le même chemin, partage Yvon Pouliquen, UDSEA, qui fait référence aux fermes laitières plus ou moins efficaces sur le plan économique. Et d’ajouter que « prendre de la hauteur sur ce dossier laitier, c’est ne pas oublier la situation financière des producteurs qui sera catastrophique à la fin de l’année ».
Reste que, que ce soit en lait, en porc ou en légume, les meilleures performances technico-économiques ne suffisent pas toujours quand le marché tangue. « Maintenir le stockage privé et les restitutions, c’est stratégique en porc », avertit Michel Bloc’h, président de l’UGPVB, avant d’indiquer « que c’est impossible de travailler en système totalement libéral ». C’est pourquoi, le représentant de la filière porcine, qui plaide « pour une structuration économique de la filière », évoque « une caisse financière pour réguler la production. Mais la gestion doit se faire à l’échelon européen. À condition encore que la DGCCRF ne mette pas son veto ». On l’a vu en lait avec la dénonciation de l’accord professionnel.
Quant au lait, « aujourd’hui protégé par des filets de sécurité très bas, il doit composer avec le regroupement de l’offre. Il faut trouver des synergies », dit G. Le Bars, en rappelant que « la valeur se trouve dans l’aval. « Mais il ne faut pas oublier que toute déconnexion du marché européen se paye cash ».

Didier Le Du


Photo : Michel Bloc’h, UGPVB ; Guy Le Bars, Even ; Pierre Bihan-Poudec, Sica, étaient invités à donner leur avis sur les outils de régulation, la restructuration et les relations amont-aval.

 






Au fil des propos…

• « La Fédération des coopératives laitières (FNCL) prépare la fin des quotas, même si depuis 2006, l’Union européenne ne fait plus son quota ». Guy Le Bars.
• « Il est temps que les éleveurs laitiers soient informés sur la contractualisation qui pourrait entrer en vigueur le 1er janvier 2010, peut-être avant ». Jean-Michel Favennec, CR 29.
• « La production porcine française n’évolue pas, alors que l’Espagne et l’Allemagne ont multiplié leur production par deux en 10 ans. Aujourd’hui, le plus gros problème, ce sont les distorsions de concurrence : la main-d’œuvre par rapport à l’Allemagne ; l’environnement pour l’Espagne. Aujourd’hui, 400 camions de jambon espagnol passent la frontière chaque semaine». Michel Bloc’h.
• « Quelle sera la place des producteurs dans des entreprises qui se restructurent. Et ces dernières seront-elles assez puissantes face à la grande distribution ? ». Jean-Hervé Caugant, président du comité de Châteaulin.
• « Tant que l’on n’aura pas réglé le problème d’une grande laiterie qui représente 1 litre de lait sur 3, on n’avancera pas ». Ronan Le Meur, FDSEA 29.
• « Il y a six mois, on demandait plus de réactivité aux prix. Aujourd’hui, on parle de volatilité. Qui peut m’expliquer la différence ? Et que peut donner une contractualisation à la française dans un marché européen où il n’y a plus de quotas ? ». Yvon Pouliquen
• « Le même schéma se réalise en lait qu’en viande bovine (…). Je suis hostile aux OP. Ce n’est pas parce qu’on aurait une OP que le lait serait payé 310 € ». Alain Jacq, Clal Saint-Yvi.
• Entremont : « Le dossier doit trouver une solution dans les
15 jours ». Pascal Mailhos, préfet.
• « Je suis déçu. J’aurais aimé, comme au Conseil général, avoir un avis unanime sur le dossier laitier ». Jacques Jaouen, après le vote de motion relative à la crise laitière qui a enregistré 3 abstentions (UDSEA et représentant des propriétaires fonciers).


 







Contractualisation


Le point sur la collecte (chiffres avril 2009) fait état d’un repli de la production de  -1,4 % en France et d’une hausse de +1% dans les pays d’Europe du Nord. Ce qui conduit G. Le Bars à dire que « l’on ne continuera pas à réguler la production pour le reste de l’Union ». Bref, les quotas ne sont pas la réponse absolue et unique à la régulation des volumes et des prix.
« Il faut donc contractualiser ». Cette simple phrase est source de cris d’orfraie pour ceux qui, par métonymie, lisent « intégration ». Pas toujours évident de dépassionner le débat. « C’est un dossier qui se discute au niveau national. La réflexion doit être menée dans le cadre interprofessionnel », apaise G. Le Bars.
Propos rassurants pour les producteurs : la contractualisation individuelle n’est pas à l’ordre du jour. On irait plus vers une contractualisation avec les organisations de producteurs (OP) constituées au sein de chaque entreprise. « Je comprends la peur du syndicalisme. Mais la base de la contractualisation, c’est que ça se passe avec les OP », dit encore le président d’Even.



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Date de l'article : semaine du N° du 3 au 9 Juillet 2009
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