
Dominés par le dossier laitier, les débats de l’assemblée générale d’Eolys ont parfois été très houleux. Les responsables ont dû encaisser des propos d’éleveurs parfois très durs et pas toujours disposés à écouter. Quelques propos, certes isolés, sont même allés au-delà du convenable dans le respect des personnes. Faisant preuve de beaucoup d’humilité et de diplomatie, Gilles Bars, président d’Unicopa a toutefois su éviter l’affrontement et expliquer la situation.
L’emmental banalisé
Sur le dossier plus spécifique du lait et donc des difficultés d’Entremont Alliance, Gilles Bars a d’abord souligné que « l’engagement d’Unicopa dans la production fromagère (emmental, fromage à raclette) datait d’une trentaine d’année, au moment où toutes les entreprises cherchaient à sortir du contexte lourd « beurre-poudre » qui déjà plombait l’Ouest laitier ». Contraint de constater que le marché de l’emmental s’était ces dernières années et plus encore ces derniers mois banalisé. Il subit en outre la concurrence des autres pâtes pressées cuites, notamment lorsqu’il s’agit des marchés de la RHF ou de l’industrie (par exemple pizzas surgelées).
Les conséquences : « Pour rentrer dans l’accord national de prix, nous avons voulu passer des hausses. Les premières sont passées, mais ensuite nous n’avons pu aller au-delà. De fait Entremont Alliance s’est fait déréférencer pour l’équivalent de 25 000 tonnes de fromage (300 millions de litres de lait) ». Il ajoute qu’aujourd’hui, en dehors de quelques niches limitées en volumes, il est difficile de se positionner sur d’autres créneaux. « La plupart des segments de marchés sont pris ». Il donne aussi quelques chiffres sur les importations de produits laitiers. Pour l’emmental, ils sont passés de 8000 tonnes en 2007 à 34 000 en 2008 et pourraient atteindre si la tendance actuelle se poursuit, près de 300 000 tonnes en 2009. Le marché du lait UHT est lui même soumis à la pression des importations.
Laïta sollicité
Ces explications ont toutefois eu du mal à convaincre des producteurs exaspérés à la fois par le niveau du prix actuel et par le décrochage par rapport aux autres acteurs. « Il nous manque une paye de lait par trimestre ». « Mais nous on va crever » …, des expressions de la salle qui illustrent le malaise. Gilles Bars et les autres responsables d’Unicopa et Eolys n’ayant pas les éléments en mains pour pouvoir donner plus de lisibilité pour l’avenir, ont néanmoins exprimé clairement leur volonté de trouver rapidement une solution pour adosser l’entreprise à un ou plusieurs groupes. La veille avait été annoncé le rapprochement avec Coopagri Bretagne et Terrena pour la branche nutrition animale Nutréa.
Outre les rumeurs autour de Lactalis ou encore Bongrain-Sodiaal, ils n’ont pas caché faire aussi un appel du pied au groupe Laïta (Even-Coopagri-Terrena). Cette dernière solution ayant de toute évidence la faveur de la salle. À cela deux raisons : le maintien d’un pouvoir de décision régional et la crainte de se voir enfermer dans un oligopole laitier si la solution Lactalis était retenue, avec 40 % du lait en France. « Quel pouvoir pour les producteurs ? ».
En fin d’assemblée, Erwan Daniel, producteur Unicopa, et Jean-Pierre Clément, livreur Entremont Alliance (canal historique) ont expliqué la démarche de regroupement des producteurs au sein d’une Association (voir page 16). Implicitement Gilles Bars a apporté son soutien à l’association compte tenu de la position de faiblesse d’Unicopa comme actionnaire minoritaire du groupe laitier en difficulté.
Pierre Dénès
Photo : Gilles Bars a dû faire preuve d’humilité et de diplomatie, et a su éviter l’affrontement et expliquer la situation délicate du groupe.
Eolys en bref
•9000 adhérents
•600 salariés
•Chiffre d’affaires : 595 millions d’euros
•Fonds propres : 45 millions
•600 millions de litres de lait collectés (1850 producteurs)
•22 167 bovins commercialisés
•400 000 m2 de bâtiments volailles (Chair + repro)
•1,150 millions de porcs (Pigalys)