S'il en était besoin, les chiffres du CER France Côtes d'Armor sur les résultats économiques départementaux viendront donner plus de poids encore au combat sur le revenu des agriculteurs. "En lait, sur les cinq dernières années, le revenu moyen s'établit à environ 20 000 euros/UTH, mais il n'est atteint que grâce à 2008 qui relève le niveau", détaille Laurent Marc, directeur des études et de l'organisation au CER France Côtes d'Armor. Tant attendue, l'année 2008 et son embellie sur le prix du lait serait-elle un eldorado définitivement perdu ? Plusieurs éléments l'indiquent.
Tout d'abord, le volume de lait produit par exploitation : après être passé de 290 à 323 000 l de 2007 à 2008 grâce aux rallonges, il va pour la première fois connaître une baisse à 315 – 320 000 l en 2009. Or, le coût de production va augmenter, à 305 -310 euros / 1000 l. Si le coût de concentré pourrait baisser progressivement, il faut en effet s'attendre, en revanche, à une hausse des frais financiers et des charges sociales, 2008 étant passée par là. "Les laitiers investissent en général entre 16 et 18 000 euros par an. En 2007 – 2008, ce montant a doublé", indique Laurent Marc. Effet de rattrapage ou investissement excessif, il y a des deux. Mais le résultat est le même : "le point d'équilibre, qui permet à l'éleveur de couvrir ses charges, rembourser ses annuités et assurer ses prélèvements privés atteint 315 euros / 1000 l pour 2009, ce qui va bien au delà des 273 à 293 euros de prix payé aux producteurs annoncé pour la fin d’année par les prévisions." Tout en pointant du doigt les incertitudes qui persistent, le CER France projette une forte chute des revenus d’ici à la fin de l’année 2009, année qui sera le plus mauvais crû depuis 1991. Seule note positive au tableau : la consommation des produits laitiers, qui se tient, sans néanmoins pouvoir contrebalancer les mauvais prix enregistrés par les produits industriels dans la conjoncture mondiale actuelle. Or, c'est bien une amélioration de ce dernier point qui pourra permettre de sortir du marasme.
Porc : vers le bout du tunnel ?
En porc, la situation pourrait, enfin, prendre l'allure d'une sortie de crise, entraînant un élément positif : "comme souvent dans ces cas-là, les résultats techniques (2,98 d'indice de consommation sur 2008, 2080 kg produits par truie) ont progressé grâce aux efforts constants des éleveurs", note Laurent Marc. Mais les conséquences négatives sont bien là, elles aussi : "en moyenne, le déficit entre le coût de revient et le prix de vente atteint 12 centimes / kg sur les 7 dernières années. Pour le quart inférieur des exploitations, ce déficit grimpe à 53 centimes." La hausse du coût de l'aliment (255 euros / t en septembre – octobre 2008) fait partie des principaux responsables de la crise. Représentant usuellement 55 à 58 % du coût de revient du porc, le coût alimentaire a représenté, en 2008, près de 64% du coût de revient. (et rien ne dit qu'il descendra plus bas qu'actuellement).
En résultent, dans les exploitations porcines, des trésoreries nettement dégradées, avec des endettements très encombrants (90 % en moyenne sur le quatrième trimestre 2008). "Pour se désendetter, il va falloir, très rapidement et durablement, du prix, insiste Laurent Marc. Dans le même temps, il faut espérer un prix d’aliment relativement sage, ce qui est loin d’être assuré. Nous entrons dans la période de vérité." Si le cours du porc a commencé sa remontée saisonnière, cette dernière a pris du retard par rapport à 2008. Or une nouvelle échéance, la mise aux normes bien-être, approche à grands pas, nécessitant un désendettement au préalable pour pouvoir envisager de nouveaux investissements.
Volaille de chair : volumes en baisse
En volaille de chair, les revenus se sont améliorés en 2008. Très intégrée, la filière a su, mieux que d'autres, répercuter la hausse des charges jusqu’au consommateur. Du côté de la filière œufs de consommation, les résultats ont été bons en 2009, mais un nouveau défi se profile : la mise aux normes bien être 2012, qui concerne 7 élevages sur 10.
Anne-Laure Lussou
Photo : Résultante de la bonne conjoncture laitière 2007 – 2008 : les investissements ont fortement progressé, en matériel comme en bâtiment dans une moindre mesure.
Pac : -1800 e par exploitation laitière en moyenne
Pas de consolation à trouver du côté de la Pac pour les systèmes laitiers, dont l'équilibre financier est déjà beaucoup dû aux aides (24 à 25 000 e perçus en moyenne) : "la modification des règles d'attribution des aides revient à les diminuer en moyenne de 1800 euros par exploitation laitière dès 2010", indique Laurent Marc. Une baisse qui pourrait atteindre 3000 e pour les systèmes les plus intensifs. Il faudra donc être astucieux et chercher à s’inscrire dans les mesures MAE pour limiter l’impact du bilan de santé de la Pac. Les très herbagers, de leur côté, verraient leur montant d'aide augmenter de 1000 e / an en moyenne.