
Pour la première fois, la filière légumière bretonne a accueilli le Congrès international de l'artichaut, dont les dernières éditions ont eu lieu en Italie et en Espagne, deux gros producteurs européens. Du 17 au 19 juin à Saint-Pol-de-Léon, le 7ème symposium du genre Cynara (dont l'artichaut et le cardon sont les principales espèces cultivées) a rassemblé environ 140 scientifiques, techniciens ou producteurs provenant des différentes zones de production dans le monde (Europe, Etats-Unis…). Ils ont participé à des communications scientifiques et ont pu découvrir la filière française au travers de visites sur le terrain (parcelles chez des producteurs, Caté, BBV, marché au cadran…).
Le mildiou, toujours ennemi n°1
L'événement a aussi permis à la filière bretonne de sensibiliser des collègues scientifiques à leurs problématiques locales. L'ennemi numéro 1 des producteurs d'artichauts de la région demeure le mildiou, principalement sur les plantations de première année. Le mildiou s'attaque au feuillage entraînant des pertes de rendements, ou aux bractées, ceci pouvant aller jusqu'à la pourriture de l'artichaut. "Sur ce thème du mildiou, nous travaillons deux angles : mieux utiliser le peu de fongicides autorisés et utiliser des produits complémentaires", a expliqué Jean-Michel Collet, responsable artichaut au Caté, la station d'expérimentation de Saint-Pol.
En deuxième année, l'artichaut est plus vulnérable aux insectes. Sur cet aspect, les travaux de recherche ont amené à une bonne maîtrise des pucerons. "Nous avons travaillé sur les ennemis naturels des pucerons (syrphes, coccinelles…). Par contre, en cas de présence de noctuelles (un problème en recrudescence), les producteurs doivent utiliser des substances qui ne détruisent pas les auxiliaires naturels. Des produits biologiques peuvent être efficaces. Nous testons actuellement de nouvelles substances proposées par des sociétés". Et comme le moment d'action prime dans la lutte contre les noctuelles (à l'éclosion des jeunes chenilles), le réseau de repérage des vols (pièges) continue à jouer un rôle actif. "Il permet de bien positionner les interventions".
Les adventices peuvent également être néfastes à la culture d'artichaut, en place pour 2 ou 3 ans en Bretagne. "Les produits actuellement autorisés sont peu ou pas efficaces contre les dicotylédones. Depuis 2001, nous testons d'autres produits : en dérogation temporaire ou pour un dossier d'homologation", précise Jean-Michel Collet.
Amélioration de la reprise
Problème limité dans la région, la reprise des plants d'artichauts peut toutefois être améliorée dans certains cas. "Nous évaluons l'efficacité du trempage des plants, sur la blessure avant repiquage. L'hypothèse d'une quantité trop importante d'azote qui pourrait favoriser les agents infectieux est également testée". Plus globalement, les chercheurs de la station regardent de près les rotations de cultures (avec le chou-fleur, la pomme de terre, les céréales…) pour observer le comportement de l'azote, des autres nutriments et de la matière organique et les quantifier. Une préoccupation à objectifs économique et environnemental.
Lors du congrès, les responsables du Caté ont également mis en avant leurs essais sur la conservation des artichauts. Des emballages microperforés permettent de réguler l'activité de respiration du légume. "Une semaine de conservation peut être gagnée", conclut Jean-Michel Collet.
Agnès Cussonneau
Photo : Visite d'un groupe au Caté de Saint-Pol-de-Léon.
Les Bretons réalisent plus de 80% de la production française
Près de 1 300 producteurs bretons réalisent 80 à 85% de la production française d'artichaut, soit près de 60 000 tonnes. Environ 4 000 hectares sont dédiés au Camus, variété historique de Saint-Pol-de-Léon, 2 000 ha au Castel qui est arrivé en Bretagne en 1994 et 1 600 ha au Petit Violet, produit également dans le Sud de la France. 70% de la production bretonne est cultivée autour de Saint-Pol et 30% dans la zone de Paimpol. Le marché de l'artichaut breton est surtout national, seuls 10% des volumes sont exportés.
En Europe, les deux principaux producteurs sont l'Italie (50 000 ha) et l'Espagne (20 000 ha). L'artichaut est aussi produit un peu partout dans le monde (Californie, Equateur, Maghreb…). Sa culture se développe en Chine, au Pérou, au Chili…