
La conjoncture laitière favorable en 2007/2008 et l’incitation à la production ont permis une augmentation sensible des résultats des exploitations. L’Excédent Brut d’Exploitation (EBE) et les ressources financières sont effectivement en hausse entre les clôtures de fin 2007 et fin 2008. Mais ces ressources supplémentaires sont-elles aujourd’hui réellement disponibles ? Les études conduites par les CER France Bretagne montrent que face à ces résultats exceptionnels, les besoins financiers ont également augmenté.
De nouveaux investissements
En effet, sur cette même période, les exploitations laitières ont réalisé de nouveaux investissements (obligatoires dans le cadre la mise aux normes ou incités par des programmes tels que le Plan de Modernisation des Bâtiments d’Élevage). Ces investissements ont été financés par emprunt en générant une augmentation des annuités, mais également avec une part d’autofinancement supérieure à la moyenne habituelle.
Les exploitations laitières se sont également donné les moyens de produire plus. L’augmentation des stocks (animaux notamment) a mobilisé une partie des ressources financières.
Ainsi, contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer, la période de conjoncture favorable n’a pas permis de générer des situations de trésorerie exceptionnelle. La Trésorerie Nette Globale (TNG) de l’exploitation laitière moyenne n’augmente que de 3.500 € entre les clôtures de fin 2006 et celles de fin 2008.
Un revirement brutal
Les exploitations laitières n’étaient pas préparées à un revirement de situation aussi brutal. Elles avaient déjà dû s’adapter à des situations de trésorerie tendues lors de la mise en place de l’Aide Directe Laitière.
Nous franchissons aujourd’hui une nouvelle étape avec des variations de prix rapides et de forte amplitude qui nécessitent de se doter d’outils de gestion pour piloter l’exploitation et gérer la relation avec ses partenaires.
Pour se donner une lisibilité à court et moyen terme, les producteurs laitiers sont appelés à avoir recours aux mêmes outils de gestion que ceux utilisés par les producteurs de porcs, plus habitués à ces situations :
- connaître son prix d’équilibre, c'est-à-dire le prix auquel il faudrait vendre le lait pour disposer d’une trésorerie équilibrée ;
- identifier la trésorerie mobilisable à court terme et connaître sa capacité de résistance dans un contexte conjoncturel donné ;
- définir des seuils d’alerte (état de l’ouverture de crédit court terme, délai de paiement des fournisseurs…) et les mesures correctrices envisagées en cas de dépassement de ces seuils
- travailler, en parallèle, sur les coûts de production pour identifier, compte tenu des particularités de son système, les leviers possibles pour passer en période de conjoncture défavorable.
En complément, il convient de rester en veille sur les mesures qui peuvent apporter un peu d’air à l’exploitation : dispositifs mis en place par les services sociaux, projet de plan de soutien aux producteurs de lait annoncé par Michel Barnier…
Cécile Pincent
CER FRANCE Morbihan
Photo :Face à des variations subites et brutales des prix, les indicateurs de gestion s’imposent en production laitière comme ils se sont imposés en production porcine.
Accompagner les producteurs
Les producteurs font face à un spectaculaire effet de ciseau : l’effondrement du prix de vente se cumule à une hausse des charges. L’accord interprofessionnel entérine une chute du prix de près de 60 €/1000 L en 2009, alors que les charges ont progressé de 30 €/1000 L en un an. Les trésoreries se tendent, d’autant plus que les éleveurs ne peuvent compter sur une compensation par les autres produits. L’équilibre financier de l’exploitation laitière moyenne nécessite un minimum de prix du lait aux environs de 310 €/1000 L en 2009. CER France engage un plan d’accompagnement auprès des adhérents. Priorité sera donnée à la simulation de trésorerie. L’objectif est de mesurer les besoins en trésorerie avant de mettre en place un accompagnement individualisé permettant d’anticiper au mieux la dégradation des résultats.