
Le contexte laitier difficile a concentré une forte partie des débats de l'assemblée générale du Contrôle laitier d'Ille-et-Vilaine, le 11 juin à Pacé. "Même s'il est important d'alerter et d'agir sur la crise actuelle, les producteurs doivent plutôt regarder le moyen et le long terme. Nous avons des atouts dans l'Ouest pour produire du lait grâce au maïs et l'herbe. Il nous reste des marges de manœuvre sur les coûts alimentaires notamment", a déclaré Jean-Luc Fossé, élu à la Chambre d'agriculture. Et d'ajouter : "Ce ne serait pas une solution de se désengager des services autour de la production et de les fragiliser".
Décalage des paiements
Pour aider les producteurs, le contrôle laitier a décidé de décaler de 3 mois les factures des cotisations du 2ème semestre. "Nous allons également réfléchir sur une baisse des cotisations lors des réunions d'automne", ajoute Pierrick Cotto, président du Contrôle laitier 35. Il considère par ailleurs que dans une filière laitière de plus en plus bouleversée, les producteurs doivent "s'adapter et répondre avec réactivité aux aléas du marché. L'essentiel est de garder une ligne de conduite propre à nos élevages, en s'entourant de collaborateurs, de conseillers d'entreprises".
Dans cette optique, le contrôle laitier souhaite s'attaquer davantage à la maîtrise technico-économique, en accompagnant les éleveurs sur le thème : "Améliorer la performance et la productivité de l'exploitation". "Nous allons réorganiser et enrichir notre carte de services et développer l'analyse économique", précise Pierrick Cotto.
Points de vue sur le Brésil et le Canada
Le Contrôle laitier a d'ailleurs choisi de mettre en exergue l'environnement économique international lors de l'assemblée générale, en invitant Philippe Chotteau sur le thème de la filière laitière au Brésil. L'expert de l'Institut de l'élevage a fait observer la progression de la production de lait, qui augmente plus fortement dans le Sud du pays. "Un tiers de la production laitière n'est pas collecté et part en autoconsommation ou en fromages. Les 1,3 million d'exploitations qui vendent du lait sont très hétérogènes en taille. 55% de la production se fait dans des fermes familiales. Les "usines californiennes" sont loin d'être la majorité", explique l'économiste.
Il ajoute que la production laitière brésilienne, basée sur le pâturage, présente une vraie dynamique de croissance quand les prix grimpent. Depuis 2007, la production dépasse la consommation. Toutefois, les exportations restent très modestes à 2% de la production. Ce sont essentiellement des poudres de lait entier dirigées vers l'Amérique latine et l'Afrique. "La production est basée sur la consommation intérieure", résume Philippe Chotteau.
Questionné sur le modèle canadien, il concède que c'est un système basé sur les quotas assurant des prix très stables (qui n'ont d'ailleurs pas augmenté en 2008). "Les consommateurs bénéficient de bas prix et les entreprises canadiennes se portent bien", ajoute-t-il. Se posent toutefois deux problèmes : l'OMC est défavorable à ce type de fonctionnement (les Canadiens n'exportent plus sauf négociations avec l'OMC) et le coût des quotas y est considérable.
Abordant les contraintes environnementales françaises, l'économiste voit dans les mises aux normes un effet de levier qui a été favorable à la rénovation des systèmes de production, avec des aides des pouvoirs publics. "Les producteurs français bénéficient d'un niveau de modernisation très élevé". Mais, revers de la médaille, les coûts fixes importants génèrent des difficultés pour faire face aux crises.
Agnès Cussonneau
Légende : Philippe Chotteau, de l'Institut de l'élevage, est expert de la filière laitière au Brésil.