
Blocages de plateformes de grande distribution à Rostrenen et Guingamp jour et nuit, visites de magasins à Guingamp, Lannion, Callac, Dinan … La fin de semaine a été particulièrement mouvementée avec une manifestation qui a paralysé le centre de Saint Brieuc vendredi, avec plus de 250 tracteurs à proximité de la préfecture et une autre action le samedi dans les rues de Lannion.
Une semaine éprouvante pour les responsables qui ont parfois eu des difficultés à canaliser la colère des producteurs. Si la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs ont souvent mené les actions, tous les syndicats (Confédération Paysanne et Coordination Rurale) étaient présents sur les différents sites. Et il fallait aussi gérer de nombreux éleveurs affiliés à aucune structure syndicale. Paradoxalement parfois les premiers à demander des comptes aux responsables.
Des décisions fortes attendues
Le mot d’ordre national était de faire pression sur la Grande distribution, pour les producteurs. Mais c’était avant tout la problématique de prix du lait qui était mise en avant. Le dossier Entremont Alliance ajoutait à l’inquiétude, car la confirmation du décrochage du prix par rapport aux autres entreprises n’est ni compris, ni accepté.
Mardi, les responsables de la FDSEA, Jean-Jacques Poézévara, Jacques Hello et Hervé Moël, organisaient une conférence de presse devant la préfecture. « Une action symbolique pour dénoncer la manière forte employée par les forces de l’ordre pour évacuer la place de la préfecture vendredi. Des tirs de grenades lacrymogènes à hauteur d’homme , ce n’est pas acceptable » a souligné président de la FDSEA.
L’occasion aussi de faire le bilan des actions. Le président explique « le mouvement vers les GMS était prévu pour durer 48 heures. Nous avons obtenu des engagements et un calendrier serré de réunions et notamment une première rencontre importante au niveau national mercredi avec le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, le ministre de l’Économie, Christine Lagarde, et le secrétaire d'Etat chargé de l'Industrie et de la Consommation Luc Chatel ». Il veut donc attendre les résultats avant d’agir de nouveau si nécessaire.
La crainte de drames
Sur le dossier plus sensible du prix du lait, avec la situation particulière d’Entremont Alliance (voir aussi page 5), Hervé Moël a annoncé la création rapide d’une organisation de producteurs regroupant tous les producteurs d’Entremont Alliance (cf page 2). Dans l’immédiat, avant qu’une solution de reprise ne soit trouvée, il demande que les 30 millions d’euros annoncés par l’Etat soient d’abord destinés aux producteurs des entreprises les plus fragiles, au premier rang desquels Entremont Alliance.
Il ne cache pas sa vive inquiétude et craint toujours le dépôt de bilan qui pourrait être catastrophique pour les producteurs. « Je redoute alors des drames dans les campagnes ». Quant à l’éventualité d’une caisse de péréquation, et de la mutualisation l’idée d’une CVO (Cotisation volontaire obligatoire) a été évoquée. « Mais compte tenu de la taille d’Entremont Alliance son niveau ne peut être supportable par les seuls producteurs pour régler le problème, sans oublier qu’elle serait sans doute plus facile à mettre en place dans une période un peu plus sereine ».
Pour venir en aide aux éleveurs, Jacques Hello, secrétaire général a annoncé que la FDSEA avait rencontré la MSA. « Elle s’est engagée à étudier la situation des producteurs qui solliciteraient des reports ». D’autres initiatives sont en cours auprès des organisations de services (BCLO, CER, GDS, CIA). A noter aussi que dans les départements des salariés de ces différentes structures se sont retrouvés devant les préfectures pour marquer leur solidarité avec la filière. Ils étaient 250 à Saint Brieuc.
Pierre Dénès
Légende : Plus de 250 tracteurs sur la 4 voies ont convergé vendredi vers la Préfecture
Sur le terrain, les éleveurs font leurs comptes
A l’initiative de quelques producteurs de lait du canton de Lanvollon, mercredi matin, les élus des communautés de communes de Lanvollon-Plouha et Châtelaudren-Plouagat étaient invités à une rencontre avec les éleveurs, principalement des livreurs d’Entremont Alliance, adhérents d’Eolys. Objectif, leur expliquer la situation et leur faire toucher du doigt les conséquences pour les éleveurs mais aussi plus globalement sur l’économie locale.
Les éleveurs, Laurent Le Faucheur, Yvon L’Anthoën et Dominique Prigent résument en quelques chiffres la situation. Eolys, ce sont 2000 livreurs de lait pour environ 600 millions de litres soit une moyenne de 300 000 litres. « En fonction des éléments en notre possession aujourd’hui, le différentiel moyen sur l’année civile entre 2009 et 2008 sera de 76 euros/1000 litres, ce qui représente en moyenne pour chaque exploitation une perte économique de 22 800 euros. Avec pour les livreurs d’Entremont Allliance compte tenu du décrochage de 34 centimes un différentiel de 10 200 euros par rapport à leurs collègues des autres laiteries ». Ceci dans le meilleur des cas, car les éleveurs sont inquiets et craignent la cessation de paiement.
Rapportée à la seule commune de Goudelin la perte économique pour la commune est de 400 000 euros par rapport à 2008. Extrapolée aux deux communautés de communes de Lanvollon-Plouha (72 producteurs) et Châtelaudren-Plouagat (65 producteurs) la perte d’activité économique est estimée à 3,34 millions d’euros.
Des chiffres qui ont impressionné les élus. Pourtant confirmés par la présentation de Laurent Marc, directeur du service études au CER. Il situe pour 2009 le prix d’équilibre à 313 euros/1000 litres, proche des prix moyens constatés sur les exercices clos fin juin. Avec la baisse amorcée, les exercices qui seront clos en fin d’année afficheront des prix moyens très inférieurs. « Rapidement, des problèmes de trésorerie vont se poser ».
Les élus, par la voix de Thierry Burlot, se sont engagés à faire remonter les attentes des éleveurs, résumées par Rémi Le Mézec : Sur le court terme le co-financement des pouvoirs publics pour un programme d’aides aux éleveurs les plus concernés, sur le moyen terme la nécessaire maîtrise des volumes qui doivent s’adapter aux marchés.