
Les premières expériences ont été faites sur 3,50 ha pour comparer labour et technique simplifiée pendant 5 ans. "Les rendements ont été identiques, sans problème de salissure, la portance s'est améliorée, le temps de travail a été réduit ce qui m'a encouragé à continuer", explique Yvon Corbel. Après avoir utilisé pendant 10 ans, le cover crop et la herse rotative pour remplacer la charrue, il a amélioré son système en 1986 en utilisant un chisel sur le relevage avant et à l'arrière un rotalabour et un semoir à disques. Le chisel travaille sur une profondeur de 10 cm, il aère et facilite le drainage du sol, le rotalabour ameublit la couche superficielle sur 7 à 8 cm.
Un chisel de 10 m
En 1995, il achète un Sem Exact de Horsch, un matériel large (4 m) qui s'amortit par les travaux d'entreprise. Depuis 2000, le Horsch a été optimisé par le remplacement de la planche de semis par un dispositif de roulage à montage rapide. Cette optimisation permet une utilisation en conditions difficiles (sur cannes de maïs ou pour détruire les couverts végétaux). "Après colza ou blé, je réalise 1 à 2 passages de chisel. Cet appareil (largeur variable de 9 à 10 m en continu) a un débit de chantier de 7 à 8 ha à l'heure pour une consommation de fuel minime de 3 à 4 L/ha. Ces passages me permettent de limiter l'application de glyphosate (0,5 L/ha), uniquement si nécessaire".
"Pour le maïs, j'effectue un passage de chisel, début février, pour aérer le sol, billonner et déchausser les mauvaises herbes, puis un second passage après épandage du fumier". Le semis est réalisé en 1 passage avec tasse-avant et combiné de semis (rotalabour et semoir à disques). "Le fissurateur est utilisé de manière épisodique, dans les bouts de champ ou les endroits tassés. Ce matériel peut en effet, casser la "charpente" du sol et perturber la vie microbienne", estime Yvon.
Pas de salissement ni de maladies
Quel bilan après de 33 ans de non-labour sur 96 ha ? "Il n'y a pas de salissement des terres. Je n'utilise pas plus de produits de désherbage qu'avant. J'évite le glyphosate et je me sers du chisel pour détruire les mauvaises herbes". Ces passages répétés sont également bénéfiques pour lutter contre les limaces. Seules les parcelles de colza recoivent, si besoin, un traitement anti-limaces.
"Au niveau des maladies, je suis conscient des risques de fusariose sur blé, après maïs grain". Le Horsch broie et enfouie bien les cannes. "J'applique le même programme (3 traitements à doses réduites) sur toutes les parcelles et le blé n'est pas fusarié. Compte tenu de ma rotation, je suis également vigilant sur la présence éventuelle de piétin-verse". Les rendements obtenus sont aussi bons qu'avant et plus réguliers. Ils se situent entre 15 et 17 t. de MS/ha de maïs fourrage, 90 à 95 q/ha en blé et 35 q/ha en colza sur 5 ans.
Gain de temps et de fuel
En quelques années, la vie microbienne s'est bien développée, les analyses montrent une évolution favorable de la CEC et de la matière organique. L'émiettement est facilité, la portance est bonne. "Je gagne du temps, en période de semis", souligne Yvon. "En un seul passage, je sème 2 à 3 ha/heure, soit un débit de chantier plus que doublé. J'économise du fuel : il me faut en moyenne 12 à 13 L pour semer 1 ha, soit un gain supérieur à 50 %". Il a également moins de frais en pièces d'usure. La principale contrainte, c'est d'être plus vigilant, plus pointu sur l'observation, les traitements, plus réactif aux fenêtres météo.
Comment s'engager dans cette démarche ? "Le choix de l'appareil est déterminant. Appareil à disque ou à dents peu importe, ce qui compte, c'est le débit de chantier et le coût/ha". En travaillant à faible profondeur, on peut augmenter la largeur de l'outil et donc réduire les coûts. Les appareils à disques sont plus limités en largeur de travail que ceux à dents. En général, l'envahissement par les mauvaises herbes constitue la principale cause d'échec. "L'utilisation du chisel de grande largeur à faible profondeur me paraît une solution intéressante pour les détruire, en peu de temps. Le semoir à disques me semble indispensable pour éviter les bourrages". Si le sol est bien entretenu, les fenêtres météo disponibles pour intervenir ne sont pas très différentes d'un labour.
Implanter sur couvert
Yvon Corbel est en réflexion permanente pour améliorer son système. Il teste une méthode nouvelle : implanter des céréales sur un couvert de trèfle blanc. Le premier essai réalisé se révèle concluant. Les avantages sont multiples. Il n'y aurait plus de travail de sol, le trèfle étant un couvert permanent. La céréale peut être semée en ligne dans le trèfle. L'exploitant a mis au point un semoir adapté. Le trèfle limite les apports d’azote et le désherbage. Le risque de piétin-verse serait également plus faible.
D'autres techniques sont également utilisées sur l'exploitation comme la récolte du foin en vrac par autochargeuse (un matériel récent qui sert aussi à l'entreprise). Le foin est stocké en vrac sous hangar, ce qui évite le pressage et facilite la reprise par télescopique. Pour limiter les traitements phytos, Yvon Corbel utilise aussi le binage sur maïs, après un premier passage en traitement chimique, à dose réduite. Cette technique évite un second traitement en post-levée, règle les problèmes de résistance, tout en aérant le sol. "Rien n'est figé, toutes les solutions peuvent être envisagées pour être plus autonome, protéger le sol et l'environnement, tout en réduisant les charges".
Patrick Bégos
>>> Dans le cadre d'Innov-Action, l'exploitation ouvrira ses portes le vendredi 26 juin.Voir la liste des autres exploitations dans le Paysan Breton de la semaine dernière.
Légende : Marie-Claire et Yvon Corbel ouvriront les portes de leur exploitation le 26 juin pour témoigner du non-labour et de leur système fourrager. Cette autochargeuse est celle utilisée en entreprise, une seconde, amortie, sert au zéro-pâturage.
Des vaches laitières en zéro-pâturage
Les 50 laitières et les 35 génisses sont affouragées en herbe fraîche tous les jours de mars à novembre. "Nous utilisons cette méthode depuis 1983, en raison d'une faible surface fourragère, les premières années". Le matériel (25 ans) est amorti, il comprend une faucheuse rotative qui andaine à l'avant et une autochargeuse avec pick-up. "Il me faut 30 minutes/jour pour une remorquée d'herbe. Au total, 1 heure suffit pour nourrir les vaches (herbe) et les génisses (ration sèche)". En contrepartie, il n'y a plus de fil à déplacer, de troupeau à circuler, de bords de champ à nettoyer. Les prairies sont plus productives, l'assolement est plus facile à organiser, avec de l'herbe possible dans des parcelles plus éloignées. Le litrage de lait produit/ha et la marge brute dégagée montrent une bonne rentabilité du système.