
Un accord signé dans la contrainte. Une application faite dans la douleur. Les producteurs acceptent difficilement les différences de prix appliquées par les entreprises qui collectent le lait breton. D’autant que le lait est parfois collecté par le même camion.
Dans les campagnes, les producteurs accusent plus ou moins bien le coup selon le degré de spécialisation des exploitations. D’où des réactions différentes selon l’origine géographique des éleveurs. Et une analyse syndicale qui varie en fonction des départements.
Le point commun est que, après des années laitières 2006 et 2007 plus que moyennes au niveau des résultats, les trésoreries n’ont eu qu’un an pour se refaire. Trop court pour faire face à la situation du moment qui risque de se prolonger.
« À l’allure où l’on va, le prix payé en hiver se situera autour de 250 €/1 000 litres », calcule ce syndicaliste finistérien qui explique : « En payant 249,50 € pour ce mois de mai (moins 10 € de flexibilité), soit 239 euros perçus, on se retrouve à 252 €/1 000 litres payé au producteur ». « Insuffisant et bien loin des prix annoncés » pour son collègue qui se méfie des acteurs économiques qui spéculent sur la reprise du marché laitier pour faire accepter les prix du mois de mai.
Un temps pour la négociation…
« Au regard de l’actualité économique, au regard des prévisions du nombre de chômeurs annoncé pour la fin de l’année en Europe et en Amérique, difficile de voir des signes d’embellie », analyse ce producteur dans son exploitation. Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn ne dit rien d’autre quand il déclare que « le plus gros du pire n'est pas encore derrière nous ».
Plus terre à terre, l’arrivée des factures de lait dans les exploitations risque de relancer les actions sur le terrain. Des coups de colère que le syndicat majoritaire éprouve bien du mal à contrôler. Début de semaine, des actions sporadiques, mais déterminées, se poursuivaient dans le Sud et Nord-Finistère. Avec le scénario bien rodé des tracteurs qui débarquent et bennent leur cargaison au pied des grandes surfaces, coopératives, banques, etc. « Le cocktail est détonnant », reconnaît cet autre responsable lait qui aimerait une pause dans les actions. « Il y a un temps pour l’action ; un temps pour la négociation. La filière a un gros dossier à régler (NDLR : Entremont-Alliance). Il sera difficile d’avancer tant que les actions se poursuivent. Pourtant, il y a urgence. À trop traîner, le risque est grand de voir la situation se déséquilibrer, avec des conséquences énormes pour 6 000 producteurs bretons ».
Didier Le Du
Légende : Après des années laitières 2006 et 2007 plus que moyennes au niveau des résultats, les trésoreries n’ont eu qu’un an pour se refaire, en 2008.