
Les adhérents d’Eolys représentant 2000 des 6000 producteurs du groupe laitier Entremont Alliance. Les administrateurs sont particulièrement inquiets face à la situation du groupe et lancent un appel au secours. « C’est un message fort que nous voulons adresser aux pouvoirs publics, aux élus politiques, mais aussi aux autres acteurs de la filière laitière bretonne, producteurs ou transformateurs », insiste Yannick Perquis, président d’Eolys.
La situation est délicate pour les producteurs dans la mesure où ils savent que malgré l’accord national, concrètement leur fiche de paie de mai et juin sera amputée de plus de 30 euros par 1000 litres par rapport à leurs collègues, livreurs des autres entreprises coopératives ou privées de Bretagne. « Les producteurs d’Eolys sont les otages d’une situation dont ils ne sont nullement responsables », souligne Gilles Bars, vice-président d’Eolys et président d’Unicopa. Il est l’un des trois représentants du groupe au sein d’Entremont-Alliance.
Intenable
C’est en fait la conséquence d’une situation financière fragilisée du Groupe Entremont Alliance et de sa stratégie industrielle. Le mix-produits est particulièrement défavorable, avec 40 % de produits industriels (beurre et poudre) dont les marchés se sont totalement effondrés en 2008. Entremont, n°1 français de l’emmental est aussi chahuté sur le marché des fromages des pâtes pressées cuites. La concurrence sur ce segment est devenue très âpre, plus particulièrement sur la part destinée à la Restauration hors domicile et les fromages râpés. Gilles Bars explique que « les importations françaises de pâtes pressées cuites sont passées de 7000 à 60 0000 tonnes entre 2007 et 2009 ».
Pour les responsables d’Eolys, la situation va rapidement devenir intenable sur le terrain. « Il y a urgence, car il n’est pas possible que des producteurs acceptent longtemps un tel différentiel de prix. Ils ne peuvent supporter seuls le poids de la dérégulation des marchés ». Alors quelles solutions ? Leur position s’articule autour de 4 axes forts : une affectation de l’aide de l’Etat prioritairement aux producteurs dont le lait est payé en fonction des débouchés beurre/poudre, la mise en place d’une caisse de péréquation entre tous les producteurs de lait, la mutualisation des excédents de lait par la création d’un outil de gestion collective, l’accélération de la contractualisation volume/ prix. Des demandes qui vont être relayées dans les prochains jours auprès de tous les élus et responsables agricoles par les administrateurs d’Eolys.
Pierre Dénès
Légende : De gauche à droite : Dominique Caro, vice-président d’Eolys, Patrice Leloup, directeur général, Yannick Perquis, président d’Eolys, Gilles Bars, vice-président d’Eolys et président d’Unicopa.
Au fil des rumeurs
Difficile de dire que les propositions des administrateurs d’Entremont Alliance vont trouver rapidement un écho. Le maintien du statu quo paraît cependant impossible. Car si, comme l’affirme Gilles Bars, Entremont Alliance n’est pas au bord de la cessation de paiement, les chiffres publiés par le magazine Challenge ne sont pas des plus rassurants, un endettement estimé à 376 millions d’euros, et des pertes importantes au premier trimestre,10 millions d’euros. D’ailleurs, il reconnaît que des partenariats sont à l’étude, avec Lactalis et Sodiaal, voire d’autres partenaires. Il faut du temps, mais le temps presse car à défaut de trouver une solution rapide à la situation actuelle, l’hémorragie pourrait rapidement concerner les autres acteurs de la filière. Ils n’ont sans doute pas intérêt à voir le dossier s’enfoncer dans une phase de pourrissement.
Quant aux producteurs livreurs d’Entremont Alliance, ils sont dans l’attente et vivent au fil des rumeurs. Avec la crainte du dépôt de bilan qui pourrait signifier des livraisons non payées. Espérant une reprise qui ne laissent pas trop de traces, ni des producteurs au bord du chemin.