
Le nord du bassin versant de l'Evel est dans le rouge. Nitrates, phosphore et molécules chimiques y sont au-dessus des normes. La Chambre d'agriculture réalise des essais qui visent à adapter la conduite de la culture du blé au contexte environnemental tout en préservant un intérêt économique. Deux itinéraires techniques ont été testés chez Jean Pierre Gloux, agriculteur à Noyal Pontivy. Une conduite "classique", qui vise un rendement élevé, est comparée à un itinéraire, "réduction d’intrants", qui admet une diminution de rendement. Deux variétés ont été soumises à ces deux conduites : Toisondor et Chevalier (plus rustique). Dans le premier cas (classique), la dose de semis est de 125 kilos à l'hectare contre 75 kilos dans la conduite "réduction d'intrants". "Sur les bandes à faible densité, j'ai eu un peu peur au démarrage de la culture", avoue l'exploitant. "Aujourd'hui, la différence visuelle n'est pas très importante". Elle existe cependant. La moindre densité de semis n'est pas seule responsable. Les apports d'azote ont été réduits respectivement de 15 et 35 unités lors des deuxième et troisième apports. (165 UN dans le premier cas au total. 115 dans le second). Les bandes plus extensives n'auront qu'un seul fongicide contre deux pour les autres. Enfin, un insecticide sera probablement épandu sur l'ensemble de la parcelle.
Des approches de marge à calculer
Qu'en sera t-il de la marge au final ? La réponse n'est pas si évidente. Elle dépend en fait des fluctuations des prix des intrants et de la céréale. "Le prix des appros a fortement augmenté. La conduite la plus économe peut être, au final, plus rentable", déclare Lucie Chesneau, agronome à la Chambre d'agriculture. Des essais réalisés par la Chambre d’agriculture régionale de Bretagne, ces dernières années, ont montré que pour un prix du blé supérieur à 150 €/hectare la conduite "classique" permet de dégager une meilleure marge (sur l'ensemble des variétés). En dessous de ce prix, l’itinéraire, "réduction d’intrants", est plus intéressant économiquement. (En raison de l'augmentation récente du prix des intrants, cette limite doit être portée, au moins, à 160 €, selon Lucie Chesneau).
Conséquences de la densité de semis
Les deux postes de charges les plus importants sur la culture sont les engrais et les fongicides. "Une moindre densité de semis réduit de fait les besoins de fertilisants. La végétation moins dense ralentit la propagation des maladies. L'un des fongicides peut être supprimé. L'agriculteur gagne sur les principaux les postes de charge". Des pesées seront réalisées à la récolte. Pour un prix de vente à 130 €/tonne et pour un rendement de 10 quintaux moindre (estimations), la conduite "réduction d'intrants" est plus intéressante économiquement (voir tableau). De quoi convaincre Jean-Pierre Gloux d'adopter une telle conduite sur ses 13 hectares l'an prochain ? "La conduite semble satisfaisante. Il me faudra cependant réaliser d'autres essais pour l'adopter définitivement". Qu'en sera t-il de la valorisation par les animaux ? La diminution des traitements fongicides peut favoriser le développement de champignons et, par conséquent, de mycotoxines. Les conditions météo doivent dicter le nombre de traitements.
Contexte environnemental
Quoi qu'il en soit, pour l'exploitant, il est nécessaire d'essayer de nouvelles méthodes. "Sur les bassins versants, nous n'aurons peut-être pas le choix. Plus nous réaliserons d'essais, plus nous serons préparés aux conséquences d'éventuelles nouvelles réglementations", poursuit l'exploitant. Le contexte environnemental deviendra de plus en plus contraignant. "Ce système cultural permet d’aller vers plus de durabilité. Dans tous les cas, il faut adapter l’itinéraire technique au potentiel de la parcelle ainsi qu’aux risques de transferts des polluants vers les cours d’eau", conclut Lucie Chesneau, en évoquant, au passage, l'utilité des bandes enherbées et des talus. "Dans un contexte ou le marché des céréales et des intrants connaît des fluctuations importantes et ou la qualité de l’eau représente un enjeu majeur, il est essentiel que les agriculteurs aient les clés pour optimiser leur conduite de cultures".
Bernard Laurent
Photo : Adapter la conduite des cultures au contexte environnemental et à la fluctuation des prix : c’est ce qu’a testé Jean-Pierre Gloux sur une de ses parcelles de blé à Noyal-Pontivy.