
Un médecin qui s’en va. Le cabinet qui reste vide. L’événement devient une banalité dans la campagne bretonne. Alors que les régions ensoleillées et les villes disposent d’une densité conséquente de médecins généralistes pour 100 000 habitants, le Centre Ouest Bretagne pâlit au regard de l’évolution du nombre de professionnels de la santé.
La campagne n’attire pas
Et les choses ne vont pas s’arranger. « En Centre-Bretagne, 34 % des médecins généralistes ont plus de 60 ans. Ce qui signifie que, si l’on se projette à 5 ans, un tiers de ces médecins n’exerceront plus », a dressé Jean-Pierre Hémon, référent santé, lors d’une intervention devant les anciens exploitants de l’UDSEA réunis en assemblée générale, à Saint-Ségal. Des anciens qui avaient décidé de se pencher sur le désert médical qui s’installe autour d’eux. Avec cette question au cœur de leurs préoccupations : quelles offres de soins pour demain ?
Légitime de se poser cette question lorsqu’on vieillit. Car il n’est de secret pour personne que le grand âge est celui durant lequel on consomme le plus de soins. « Dans le Centre-Bretagne, 28 % de la population a plus de 65 ans et 8 % plus de 80 ans », souligne pour sa part Isabelle Le Gal, chargée de mission services publics du Conseil de développement du Pays du Centre Ouest Bretagne (Cob).
La situation est d’autant plus préoccupante que seulement 4 % des médecins généralistes du Cob ont moins de 40 ans et qu’il est très difficile d’attirer de nouvelles recrues vers ces zones rurales de Bretagne. Les cartes présentées par les deux intervenants sont éloquentes : la densité de médecins est forte sur la côte sud de la Bretagne et dans les grands pôles urbains. Par contre, à Scrignac, Châteauneuf-du-Faou ou Laz, on ne se bouscule pas au portillon.
Incitations financières inefficaces
Toutes les incitations financières déployées ces dernières années se sont montrées inefficaces. « Allègements fiscaux, possibilité d’augmenter le prix de 20 %, intervention financière des collectivités locales, etc. … n’ont aucun effet », analyse J.-P. Hémon.
Trop souvent assimilé à un sacerdoce, l’exercice de la médecine de campagne n’attire pas les jeunes générations. Vie intellectuelle et culturelle limitée, système de gardes contraignant, éloignement des pôles urbains, etc., la campagne semble superposer les handicaps. D’autant qu’aujourd’hui, le jeune médecin est le plus souvent une femme : « Huit diplômés sur 10 sont des femmes à la faculté de médecine de Brest », fait observer le référent santé qui invite à se séparer de l’image « d’un médecin qui s’installe dans un cabinet pour 30 ans ».
Miser sur les conditions d’exercice
Alors, « que faire ? », interrogent les participants. « On peut penser que le premier vecteur d’installation, ce sont les conditions d’exercice du métier. Par exemple, le regroupement des médecins dans les maisons médicales permet d’espacer les gardes, d’adapter des horaires compatibles avec une vie de famille, etc. La création de maisons de santé pluridisciplinaires, avec des médecins, des infirmières, des aides-soignantes, est également une formule qui peut séduire dans la mesure où elle permet de répartir les tâches et de ne pas travailler seul ».
Reste que la partie n’est pas gagnée. Un ancien exploitant faisant l’amer constat que ce phénomène participe à la dévitalisation générale du milieu rural. « Pas de médecin, la Poste qui ferme, les commerces qui baissent les rideaux, etc. Même nos organisations mutualistes ferment les permanences dans nos petits bourgs : banques, assurance… ». Bref, un vrai problème de société sur lequel même les politiques locaux ne semblent pas avoir de prise.
Didier Le Du
Photo : Jean-Pierre Hémon, référent santé, est intervenu sur le thème du désert médical qui menace les campagnes.
Une nouvelle loi « tiède »
S’agissant de médecine, le débat porte inévitablement sur les dépenses publiques, financées par les prélèvements sociaux et les impôts. La profession qualifiée de libérale s’appuie sur un système de sécurité sociale qui conduit les patients – clients – à consulter sans rechigner… et à payer sans regarder. Le « commerce » médical en profite autant que le citoyen. « Encore faut-il que l’on soit tous équitables devant l’offre de soins », soulève un ancien agriculteur.
La liberté d’installation semble ignorer cette problématique. De l’avis des deux intervenants, « la nouvelle loi à venir est assez tiède ». Faudra-t-il que les ruraux déménagent en ville pour bénéficier de la même qualité de soins ? C’est ce qu’ont fait de nombreux habitants des Pyrénées et des zones rurales retirées du territoire français. Personne ne s’en est ému…