Le marché porcin reste sans réelle lisibilité. C’est ce qui ressort de l’intervention de Jean-Pierre Joly, directeur du MPB, mais aussi des propos de Jan-Peter Van Ferneij, ingénieur d’études à l’Ifip. Les deux experts intervenaient mardi à Plérin lors des assemblées du CRP et l’ARIP. Ils reconnaissent la complexité de l’analyse de la situation sur 2009. Ainsi ces derniers mois les explications à la crise ont souvent été mises sur le compte des difficultés à exporter. « Et pourtant, les chiffres d’exportations vers les Pays tiers de l’Union européenne sont en légère hausse (1%). Ce qui a motivé la commission européenne à refuser les restitutions », note Jean Pierre Joly.
« Les exportations comme les importations sont nécessaires, insiste de son côté Jan-Peter Van Ferneij. Car si la France est excédentaire de 5 %, elle importe des jambons. Et l’export représente 25 % pour la valorisation de l’ensemble des pièces ». Rappelant qu’il existe plus de 100 pièces dans une carcasse avec des débouchés spécifiques. Chaque destination a ses marchés au sein des pays de l’Union européenne dite historique (Italie, Grèce, Royaume Unie), auprès de nouveaux Etats membres (Roumanie, Pologne), de la Corée du Sud, du Japon ou encore de la Russie et de la Chine.
Des besoins mais pas de moyens
La crise financière a bousculé l’ensemble du commerce international, y compris agroalimentaire. Les plus durement touchés ont été les pays de l’Europe centrale. « 67 % des ressources d’un pays comme la Russie provenaient en 2007 du pétrole ». Brutalement le système a explosé. D’autres pays comme la Pologne, l’Ukraine ont vu s’effondrer leur monnaie nationale. La fiabilité des opérateurs a aussi été ébranlée. « On ne savait plus si on allait être payé ». Et au final, les contrats ont souvent été renégociés, mais à la baisse au niveau du prix. De fait, le volume des exportations a certes progressé, mais la valorisation de la carcasse a baissé.
Les signes encourageants d’il y a un an : production de l’Europe à 27 en baisse de l’ordre de 2,5 %, USA et le Canada également en baisse de près de 4 %, le prix du porcelet en hausse ; ne se sont pas traduits par une hausse des prix à la production.
Alors, quel prix pour les prochains mois ? Jan-Peter Van Ferneij et Jean-Pierre Joly sont d’accords pour dire qu’il est difficile de s’avancer sur le court comme sur le moyen terme. A cela plusieurs raisons. Personne ne peut cerner avec certitude le moment où la relance économique mondiale s’opèrera réellement. La crise sanitaire, appelée à tort grippe porcine, a eu quelques effets négatifs sur la consommation dans certains pays. Ils s’estompent progressivement mais pourraient aussi resurgir. Des pays, comme la Pologne qui a décapitalisé ou la Russie devraient avoir des besoins, mais auront-ils les moyens d’acheter ? Se pose parallèlement la question de la concurrence d’autres gros bassins de production dans le monde avec le problème des parités monétaires euro/dollar … Des marchés que l’on disait porteurs d’avenir n’auront été qu’un leurre. C’est le cas de la Chine qui n’a pas la volonté d’importer mais plutôt de produire. « Ils vont chercher de la génétique et des compétences pour cela » souligne l’ingénieur de l’Ifip.
Le tableau brossé par les deux experts ne pousse guère à l’euphorie. Mais comme le souligne Jean-Pierre Joly, « l’offre faiblissant, le marché finira bien par se redresser ». Un espoir pour les prochaines semaines et les prochains mois. À condition aussi de ne pas assister à une nouvelle flambée des matières premières qui viendraient anéantir la hausse du cours.
Pierre Dénès
Les assemblées du CRP et de l’Arip perturbées par La Confédération Paysanne
C’est dans une ambiance tendue et une certaine confusion que se sont terminées mardi 9 juin à Plérin, les assemblées générales du Comité régional porcin et de l’Association régionale interprofessionnelle porcine (Arip). La Confédération Paysanne avait en effet décidé de bloquer la tenue des débats et de venir demander des comptes sur la crise aux responsables de la filière.
« Nous ne sommes pas venus pour discuter mais pour obtenir des engagements », a déclaré d’emblée Pierre Brosseau, responsable porc au niveau national à la tête d’une quarantaine de manifestants. Sans ambiguïté et parfois avec véhémence, la pression a été mise sur Marcel Corman, président de l’Arip, et sur Fortuné Le Calvé, président du CRP. Le désespoir de certains éleveurs était palpable, au point que des propos sont allés jusqu’aux attaques personnelles au-delà de ce qu’il est courant d’entendre, même dans les moments les plus tendues de la pression syndicale. Quelques participants de la filière offusqués des accusations souhaitaient quitter la séance. Ils ont été sommés de rester dans la salle sans ménagement et au prix de quelques bousculades. Pas franchement le style de la Confédération Paysanne habituellement
Etats généraux !
Sur le constat du prix du porc, tous s’accordent à reconnaître qu’il est toujours trop bas pour permettre aux éleveurs de se relever après trois années de crise. Mais les divergences resurgissent rapidement sur l‘analyse et les mesures à envisager. La Confédération accuse les responsables de la filière de toujours réclamer des outils qui ne marchent pas : restitutions à l’exportation, stockage privé … « Vous refusez de mettre en œuvre des outils de régulation de l’offre et de la demande. Vous ne créez pas les conditions pour établir le rapport de force avec la distribution en baissant les poids de carcasses ou en diminuant la production».
Dialogue de sourds ou plutôt absence total de dialogue. Marcel Corman tout comme Fortuné Le Calvé ont tenté de répondre sans réellement pouvoir s’exprimer. Pour mettre fin à cette situation de blocage, ils ont accepté l’idée d’Etats généraux de la filière porcine qui réuniraient dans les prochaines semaines les acteurs. Un contact a également été pris avec la Préfecture de Région qui se serait engagée à organiser une réunion dans les prochains jours. Mais pour quels résultats. Le risque est d’aboutir seulement à un constat et à des vœux, car les décisions majeures sont essentiellement à l’échelle de l’Europe.
Pierre Dénès