
Comme une vingtaine d'autres agriculteurs conventionnels du bassin versant du Scorff, Olivier Edy, producteur de lait à Lignol, s'est décidé, cette année, à effectuer une partie du désherbage du maïs de manière mécanique. "Je fais un essai sur deux hectares. J'espère pouvoir supprimer l'un des deux traitements chimiques que j'effectue habituellement en post levée". Pas trop de risques pour une première. Les passages de houe rotative sont financés par le syndicat du bassin versant.
Au stade filament des adventices
Composée de houes étoilées disposées sur un axe horizontal, la houe travaille à une profondeur de 2 à 5 centimètres. "Le stade d'intervention idéal pour le premier passage correspond à un maïs à 2-3 feuilles et des adventices au stade filament. Le taux de répression est alors proche de 100%", déclare Christophe Lefèvre, du Groupement des agriculteurs biologiques, partenaire avec la Chambre d'agriculture du projet d'essais de désherbage mécanique. Dès le stade 2 feuilles des adventices, le taux de réussite du désherbage chute rapidement. Un second passage de houe est préconisé au stade 4 feuilles (maïs) avant l'utilisation de la bineuse, pour un désherbage totalement mécanique. "La houe améliore la vie du sol par aération. Il en découle une meilleure minéralisation et donc une meilleure fertilisation". Dans le cas d'un désherbage entièrement mécanique (3 passages), "le coût est sensiblement le même que pour deux traitements chimiques mais le temps de travail est supérieur (20 à 30% de temps en plus)".
Les limites du système
Plusieurs éléments conditionnent la réussite du désherbage à la houe rotative. "Le sol doit être préparé de manière homogène, bien nivelé et sans trop de cailloux". Une fenêtre météo de plusieurs jours ensoleillés est nécessaire pour le passage de l'outil et le dessèchement des adventices. Une contrainte majeure à une période où les foins sont également à réaliser. La vitesse est également un gage de réussite. "Le tracteur doit approcher une vitesse de 20 kms/heure pour arracher les adventices". Quatre à cinq hectares peuvent ainsi être désherbés à l'heure, avec un outil de 4 mètres de largeur. "La puissance du tracteur doit être de 80 cv pour un appareil de 4 mètres et de 100 cv pour un outil de 6 mètres de largeur". Le coût de l'outil, de 10 000 à 12 000 euros, est également un frein. Le matériel doit, en effet, être disponible rapidement pour profiter des bonnes conditions météo ce qui nécessite un achat en petits groupes d'agriculteurs (possibilité d'obtenir 40% de subventions dans le cadre du programme végétal environnement).
L'action engagée par le bassin versant du Scorff vise à améliorer la qualité de l'eau en supprimant des traitements chimiques et à montrer les avantages en terme de fertilité. "Les techniques qui donnent satisfaction en bio sont à prendre par les autres", conclut Jean-Louis Le Masle, agriculteur conventionnel et maire d'Inguiniel.
Bernard Laurent
Herse étrille ou houe rotative ?
Par son mode de fonctionnement, la houe rotative est moins agressive pour la culture. Elle peut donc être utilisée plus tôt sur les cultures. Elle est, par contre, moins efficace sur les adventices développées. En fait, il ne faudrait quasiment pas voir les adventices pour intervenir efficacement avec une houe rotative. Le fait de projeter la terre travaillée vers l'arrière rend la présence de résidus de culture moins préjudiciable pour la jeune culture. Équipée de ressorts complémentaires, la houe rotative est plus efficace que la herse étrille pour décroûter des parcelles à la sortie de l'hiver.