
Moins de kilos vendus par truie
Les écarts de performances technico-économiques sont particulièrement marqués en production porcine. Sur les dix dernières années, le produit total dégagé par les élevages porcins est inférieur de 9 euros par truie en Morbihan. La productivité y est plus faible que sur l'ensemble de la Bretagne. La truie morbihannaise produit 8 kilos de moins. "L'effet génétique n'est pas en cause", explique Anne-Lucie Menier, du CER France. "Le nombre de nés totaux est même à l'avantage du Morbihan". Les pertes de porcelets et l'âge au sevrage, plus long, expliquent l'écart de productivité. La valorisation de la production est légèrement pénalisante. "Sur les cinq dernières années, l'écart de plus value est de 0,2 centimes représentant 5 euros par truie". Le pourcentage de porc dans la gamme est similaire aux autres départements bretons. Le TMP (taux de muscle par pièce) est légèrement plus faible. "En 2007, la plus value globale était de 14,20 centimes/kilo contre 14,75 centimes sur l'ensemble de la Bretagne".
Le coût alimentaire par kilo de croît est supérieur en Morbihan (+1,7%). "Ce surcoût représente 4200 euros pour une exploitation de 200 truies (21 euro/truie)". L'explication tient à l'indice global de consommation, supérieur de 0,03 point. La technique n'est pas seule responsable: le prix de l'aliment est légèrement plus élevé. "Le surcoût à l'achat n'est pas totalement compensé par la plus forte proportion de fabrication à la ferme (FAF), et se répercute sur le prix moyen de l'aliment dans l'élevage". Au final, la différence de marge sur coût alimentaire et renouvellement entre Morbihan et Bretagne s'élève à 28 euros par truie sur la période des dix ans (données GTE). Les charges de structures globales sont sensiblement du même montant par truie, malgré un niveau d'amortissement plus élevé en Morbihan. Le nombre de salariés est plus faible par exploitation.
Rénovation des bâtiments en volaille de chair
En volaille de chair, les marges dégagées par les exploitations morbihannaises sont également inférieures à celles de l'ensemble de la Bretagne. En poulet, l'étude révèle une différence de 4 à 8% de marge Poussin-Aliment (PA). En dindes, les différences sont du même ordre. "En poulet standard, la marge PA est pénalisée par la densité et le nombre de lots par an". Cette faible densité pourrait s'expliquer par les conditions de ventilation des bâtiments. "En dinde médium, la marge PA est pénalisée par le poids par m2 et par lot, et par la mortalité". Cette mortalité pourrait s'expliquer par la densité d'élevage supérieure en Morbihan. Si l'âge des bâtiments est le même, le taux de rénovation est inférieur dans le département, surtout en poulets standards. Au final, le revenu Morbihannais est d'autant plus pénalisé que la production de dindes y est forte (la dinde dégage une marge PA inférieure au poulet).
Qualité du lait
En production laitière, les marges dégagées par les ateliers morbihannais souffrent moins de la comparaison. La différence de marge aux mille litres est de 10 centimes d'euros. Les charges de structure sont, par contre, moins élevées. "Le rattrapage au niveau des investissements est récent", avance Hugo Papaiconomou, de la Chambre d'agriculture. Le revenu, au final, est proche de la moyenne bretonne. La différence de marge doit cependant être analysée. Prix du lait ou charges opérationnelles ? "D'après les données du GDS, le taux de cellules dans le lait est systématiquement plus élevé dans le département". La matière grasse y est également plus faible. "Entre les cellules et le taux butyreux, la moindre valorisation approche un euro des mille litres". Le mix produit morbihannais est-il davantage orienté vers les produits industriels que les autres départements ? "Les données manquent pour répondre à la question". L'effet saisonnalité des livraisons joue en défaveur du département. Au niveau des charges, le rendement fourrager est moins bon (la surface consommée est plus grande) et le coût de concentré dans la moyenne.
Bernard Laurent
Photo : Daniel Le Pironnec et Yves Le Gourrierec, respectivement présidents du CER France Morbihan et de la Chambre d'agriculture.