
Les membres des Ceta d'Ille-et-Vilaine* s'étaient donné rendez-vous au Gaec du P'tit Bois à Meillac, pour leur assemblée générale le 29 mai. Partant du témoignage des exploitants, ils ont travaillé sur le thème : "L'agriculture conventionnelle doit-elle s'inspirer de pratiques de l'agriculture biologique ?" Associé du Gaec, Christian Dragon est adhérent à la FDCeta depuis 20 ans. Il est passé d'un système conventionnel au mode de production biologique. Après deux ans de conversion, le Gaec du P'tit Bois a commencé la commercialisation en bio le 15 mai dernier.
La SAU de 166 ha compte 140 ha d'herbe et 13 ha de méteil. Notamment grâce au séchage en grange et aux mélanges prairiaux, les exploitants atteignent l'autonomie en protéines. "Le séchage en grange doit être réservé au foin de valeur. Nous utilisons cette méthode pour toutes les espèces prairiales. Le trèfle violet est par contre plus difficile à sécher", détaille Emmanuel de Rugy, un des associés. "L'herbe pâturée et le foin sont complétés par de la betterave (2 ha)".
Pour une production moyenne annuelle de 5 300 L, 870 kg de concentrés sont donnés par VL et par an, dont 96 kg achetés. "Le maïs grain plus les mélanges céréaliers nous permettent 89% d'autonomie sur les concentrés". Implantés suite aux prairies (qui restent en place 5 à 7 ans), les mélanges céréaliers sont constitués de deux sortes de pois, d'un blé, un triticale, un orge et une avoine blanche.
Réduction des produits phytosanitaires
Lors de l'assemblée, Arnaud Cozannet, responsable FDCeta 35, a rappelé les différents enjeux actuels poussant à la réduction de l'emploi des produits phytosanitaires : la santé publique et aussi celle des agriculteurs, la réglementation (encadrement et retrait de produits), résistance des adventices et nuisibles, problème de développement des matières actives. "Actuellement, la quasi totalité des problèmes trouvent une solution phytosanitaire, engrais, voire variété. Dans les groupes Ceta aussi, c'est ce type de raisonnement qui est adopté, même si les techniques sont optimisées".
Arnaud Cozannet poursuit : "Si nous voulons encore abaisser l'utilisation de phytosanitaires, il faut repenser l'approche agronomique". Il met en parallèle le problème des rendements qui plafonnent depuis une quinzaine d'années en céréales, colza, tournesol et maïs, avec comme responsable l'évolution climatique. "Ne payons nous pas l'appauvrissement des sols et des rotations ?", questionne-t-il.
Vers une approche système
Se référant aux techniques utilisées en agriculture biologique, il évoque un premier point sur lequel les producteurs devront être plus vigilants : les rotations de cultures. La rotation 2/2 permet une meilleure gestion sanitaire : "l'objectif est d'enchaîner deux cultures de printemps et deux cultures d'été, deux monocotylédones (maïs, blé…) et deux dicotylédones (pois, colza…)". Le développement de la couverture végétale et la minimisation du travail du sol sont aussi des axes de travail majeurs.
"Le semis direct après couvert végétal est très intéressant pour gérer les adventices. On va jouer sur la compétition des végétaux", ajoute Arnaud Cozannet. "Le raisonnement et la technicité vont permettre d'anticiper pour éviter les problèmes". Les phytosanitaires vont devenir une sécurité et vont être complétés par d'autres intrants (produits génétiques, auxiliaires, bactéries…). Outre le frein psychologique des producteurs face à la difficulté de changer leurs pratiques, le manque de références sur les alternatives techniques est un problème. "Autre difficulté, ces approches renforcent la typicité des milieux", constate Arnaud Cozannet. Il rappelle l'importance du travail de groupe : "pour expérimenter et faire partager ses expériences".
Agnès Cussonneau
* Les Ceta 35 comptent 430 adhérents, dont 300 en lait, 70 en cultures et 50 en porc.
Photo : Plusieurs ateliers étaient proposés aux agriculteurs, lors de l'assemblée générale des Ceta d'Ille-et-Vilaine.
Le Gaec du P'tit Bois à Meillac
- 4,7 UTH
- SAU de 166 ha
- Quota de 685 000 L de lait – Atelier poulet de chair (1 200 m2).
- Le Gaec a mis en place une fontaine à lait libre service depuis 2 mois, près d'un Super U (investissement de 39 500 euros). Tous les matins, le tank réfrigéré de 250 L est approvisionné. Le lait est vendu 1,10 euro le litre. La transformation fromagère est en projet (fromage au lait cru et aux algues) avec un investissement de 54 000 euros.