
Des essais mis en place par l'ACVF (association des créateurs de variétés fourragères) et l'Inra ont permis d'évaluer le progrès génétique résultant de la création variétale en ray grass anglais. "Nous avons comparé des variétés inscrites dans les catalogues officiels européens entre 1965 et 2004, en retenant notamment celles qui étaient les plus importantes en part de marché", explique Julien Greffier, du Gnis.
Résistance aux rouilles
Plusieurs critères ont été observés, notamment la pérennité, mesurée au travers du taux d'occupation de la parcelle par le ray grass anglais au bout de 3 ans. Moins il y a d'espaces inoccupés ou d'adventices présentes, meilleure est la note de pérennité. On note une progression de 0,32 point de ce critère en 10 ans. On observe également une tendance significative à une réduction du taux de remontaison, rendant ainsi les plantes plus adaptées au pâturage.
Côté résistance aux rouilles, l'amélioration est hautement significative (+0,66 point en 10 ans). "C'est un résultat important car l'amélioration de la résistance aux rouilles a contribué au progrès génétique sur les rendements d'été et d'automne", précise Julien Greffier.
Plus de rendement fourrager
Le rendement fourrager a quant à lui progressé de 0,29 t/ha en 10 ans, soit 0,3 % par an. À titre de comparaison, l'augmentation de rendement en maïs fourrage est de 0,17 t/ha/an et en blé de 1 quintal/ha/an. "Le progrès génétique, plus faible en RGA, s'explique par un cycle de sélection plus long et un contrôle plus difficile des pollinisations lié à la biologie de l'espèce, souligne J. Greffier. Si l'on prend en compte ces difficultés particulières liées à l'espèce, le progrès génétique constaté devient comparable à celui observé dans les autres espèces".
La valeur énergétique du fourrage dépend essentiellement de la digestibilité des constituants pariétaux. La teneur en sucres solubles (digestibles à 100 %) a augmenté de 0,67 % en 10 ans, elle contribue à la valeur énergétique du fourrage. A l'inverse, la teneur en lignine a baissé de manière significative, bien que ce ne soit pas un critère directement travaillé par les sélectionneurs. L'amélioration de la digestibilité des constituants pariétaux (+ 0,79%/10 ans) est à mettre en rapport avec la diminution de la teneur en lignine. Elle entraîne une amélioration de la valeur énergétique du fourrage.
Moins de valeur azotée
"Par contre, la valeur azotée des variétés récentes de RGA a diminué de 0,23 point/10 ans", déclare Julien Greffier. Par effet de dilution, l'augmentation du rendement fourrager, et donc de la biomasse végétale, a entraîné une diminution de la teneur en matière azotée.
"Cet état des lieux sur 40 ans de sélection ouvre de nouvelles pistes de recherche pour mettre au point des variétés toujours plus performantes". L'une consistera, par exemple, à comprendre pourquoi l'amélioration du rendement fourrager est plus nette sur les coupes d'automne que sur celles de printemps.
Avec les avancées technologiques, de nouvelles règles d'inscription des variétés liées à la qualité des fourrages pourront également voir le jour. Elles pourront intégrer l'aspect qualitatif, lors de l'inscription. D'autres espèces, comme le RGI et la fétuque élevée, pourraient bénéficier du même type d'étude.
Patrick Bégos
Photo : Julien Greffier, du Gnis, devant une prairie associant RGA et trèfle.