
En écoutant les expériences de Rémy Gicquel et Jean-Marc Onno, Laurent Cayrel, préfet du Morbihan, a pu se rendre compte de l'engagement des agriculteurs dans la production et les économies d'énergie. Il était invité par Yves Le Gourriérec, président de la Chambre d'agriculture.
Des panneaux photovoltaïques
Fabienne et Rémy Gicquel exploitent à Saint-Gonnery, 60 ha, 45 vaches laitières avec une activité de chambres d'hôtes et gîtes. "Avant de nous lancer, nous avons réalisé un "diagnostic énergie" pour mieux cerner les économies". La facture d'énergie pour l'exploitation et le privé s'élève à 8 500 euros par an. "Notre objectif est de vivre de notre métier et d'être autonome, au maximum de nos possibilités".
Ils viennent d'installer 476 m2 de panneaux photovoltaïques sur leur nouvelle étable. Un investissement de 360 000 euros qui devrait produire 65 000 à 70 000 kw par an, revendus à EDF, au tarif de 60 ct/kw. "Nous n'avons bénéficié d'aucune subvention, car l'Ademe a jugé que la taille du projet était trop importante", explique Rémy, il estime le retour sur investissement à 14-15 ans, pour une longévité des panneaux supérieure à 25 ans.
De l'huile de colza
Avec ce projet, l'exploitation devient productrice nette d'énergie, elle produira trois fois plus d'électricité qu'elle n'en consomme. Déjà en 2006, la recherche d'une indépendance alimentaire les avait poussés à produire du colza, à le transformer en huile et en tourteau à l'aide d'une presse achetée en Cuma. En 2008, les 3 ha de colza ont produit 3 000 L d'huile et 6 tonnes de tourteau utilisées dans la ration hivernale des laitières. "L'un des tracteurs accepte un mélange de 30 à 40 % d'huile dans le fioul sans incidence. Nous vendons le reste en huile alimentaire en vente directe (de 1 500 à 2 000 bouteilles par an)".
Les projets ne manquent pas chez Rémy et Fabienne. "Nous allons prendre 2 à 3 ans pour réfléchir au type de bloc de traite et à toutes les économies d'énergie possibles". Et la taille des haies (1 km) pourrait, à terme, approvisionner une chaudière à bois. Des économies de gazole sont également possibles dans les travaux de culture.
Une unité de méthanisation
Le projet de Jean-Marc Onno entre lui aussi dans une phase active. Il est producteur de porcs à Moustoir-Remungol (285 truies NE, 125 ha) et projette de créer une unité de méthanisation. "Mon objectif est d'utiliser une partie du lisier de porc, l'ensilage de cultures hivernales (phacélie, dérobées…) et des déchets provenant des usines agro- alimentaires (graisses et jus de cuisson)". La méthanisation de ces produits, à une température de 35-40° dans le digesteur, produit du biogaz. Celui-ci alimentera un moteur de cogénération, d'une puissance de 110 kw, qui dégage de la chaleur et de l'électricité. Celle-ci sera vendue à EDF au tarif réglementé (contrat de 15 ans). La production devrait être de 800 000 kw par an (la consommation de 100 maisons).
La chaleur produite sera également réutilisée pour le chauffage des porcheries et de la maison et pour faire fonctionner l'unité de méthanisation, chauffage du digesteur et des graisses. Une valorisation complémentaire sera réalisée, grâce à l'installation d'une jeune agricultrice qui produira des champignons biologiques dans une ancienne porcherie.
Un coût de 750 000 euros
"Nous avons commencé ce projet en 2007. Après l'étude de faisabilité, les demandes de subventions, l'enquête publique, l'accord de la banque, les travaux devraient démarrer en juin prochain pour une mise en route en fin d'année". L'investissement global (750 000 euros) devrait bénéficier d'aides publiques (40 %). Dans ces conditions, le retour sur investissement serait de 7 à 8 ans. Un délai au-delà duquel il faudra remplacer le matériel (300 000 euros).
La mise en place d'un tel projet (le second en Bretagne) demande du temps et de l'énergie. "Il a fallu construire la trame administrative, puis absorber les majorations de coût, demander le raccordement EDF et suivre de près l'évolution de la réglementation", souligne Jean-Marc Onno.
Ce projet a plusieurs intérêts. "Sur le plan économique, je diversifie mes revenus par la vente d'électricité, je deviens plus "autonome en chaleur" (bâtiments d'élevage et maison) et je valorise les cultures intermédiaires", estime Jean-Marc. "Sur le plan agronomique, je remplace les engrais chimiques par le digestat qui est un produit plus assimilable par les cultures que le lisier". Ce projet règle à la fois les problèmes d'environnement tout en produisant de l'énergie renouvelable.
Patrick Bégos
Photo : Chez Fabienne et Rémy Gicquel, sur le toit du nouvel hangar-étable, 476 m2 de panneaux photovoltaïques.