
C’est dans une ambiance particulièrement tendue que s’est tenue le rassemblement des producteurs de lait mardi soir à Plérin. Les responsables de la FDSEA/Jeunes Agriculteurs qui avaient déjà organisé des réunions de secteurs ces dernier jours en attendaient 400, ils se sont retrouvés à près d’un millier dans la salle de la Maison des agriculteurs. Preuve que l’arrivée des payes de lait d’avril dans les exploitations a produit un choc énorme. Entre 203 euros/1000 litres pour les moins généreux et 215 euros pour les autres.
Responsables chahutés
Pas vraiment une situation très confortable pour les responsables des entreprises collectant sur le département qui ont dû s’expliquer sur ce prix d’avril en forte baisse. Les arguments désormais connus ont été rappelés par Jacques Guillou, président de la section lait de Coopagri, ainsi que par Guy Le Bars président du groupe Even : marchés catastrophiques des produits industriels (beurre, poudre) depuis plusieurs mois avec des stocks qui gonflent à vue d’œil, baisse de la consommation mondiale, concurrence féroce sur des produits tels que l’emmental destiné à la restauration hors foyer ou à l’industrie.
Egalement mise en évidence, la situation difficile de certaines entreprises qui ne se sont pas remises d’erreurs de stratégie commerciale commises il y quelques mois. Et estiment avoir payé le lait trop cher depuis plusieurs mois au regard des marchés, notamment au 1er trimestre. C’est le cas d’Entremont Alliance qui peine à retrouver un équilibre financier. Son message est clair : « Nous ne pouvons pas payer plus et il faut mutualiser le poids des produits industriels ».
Des arguments qui n’ont pas convaincu les éleveurs qui à plusieurs reprises ont apostrophé leurs interlocuteurs. « Nous ne voulons pas être la seule variable d’ajustement du marché laitier. Vous êtes en train de scier la branche sur laquelle vous êtes assis, mais si nous tombons, nous ne serons pas les seuls ». Au final, malgré cette ambiance électrique, les responsables syndicaux ont bien réussi à contenir leurs troupes pour que cette réunion ne tourne pas au pugilat.
Pouvoirs publics et GMS
Au terme de cette réunion, les producteurs se sont dirigés vers la place de la préfecture accompagnés de quelques remorques chargées de pneus et gravas, ainsi que deux camions de ramassage de lait. L’un d’eux, plein de lait, avait été intercepté quelques heures auparavant près de Guingamp. Une délégation a été reçue par le préfet. Elle lui a remis symboliquement quelques centaines de demandes de cessation laitière. L’objectif de cette visite était aussi de rappeler les revendications de producteurs sur les outils de régulation, l’accompagnement nécessaire des producteurs pendant la crise et la modification de la LME.
La manifestation s’est disloquée vers 1 heure 30 du matin, non sans avoir brûlé les pneus et déversé quelques milliers de litres de lait devant la préfecture. Le retour vers les différents secteurs s’annonçait parsemé d’étapes dans les entreprises du département et autour des grandes surfaces. Histoire de matérialiser la colère. Dès mercredi matin, d’autres actions, blocages de camions, se sont de nouveau produits.
Pierre Dénès
Photo : Devant leurs troupes les responsables de la FDSEA/Jeunes Agriculteurs ont rendu compte de leur entrevue avec le préfet. De gauche à droite les présidents de la FDSEA et Jeunes Agriculteurs Jean Jacques Poëzévara et Patrice Binet, les responsables lait Yves Bazy, Patrick Cherdel et Hervé Moël).