
Alors que les payes de lait sont arrivées cette semaine sur les exploitations, la grogne monte dans les campagnes. Les chiffres annoncés mardi oscillaient entre 200 et 220 euros/1 000 L selon les laiteries, soit une baisse allant jusqu'à - 35% en comparaison au prix de base d'avril 2008. "Pour une exploitation moyenne, cela équivaut à une perte de revenu de 2 500 euros", a déclaré Dominique Langouët, responsable lait Jeunes Agriculteurs, lors d'une conférence de presse à Rennes le 12 mai. Il ajoute que le prix de revient moyen chez le producteur est de 240 euros/1 000 L ce printemps. "Les charges ont augmenté de 20% en un an. Les transformateurs doivent en tenir compte".
Pas de perspectives
Suite au fiasco de la réunion de l'interprofession laitière (Cniel) du 5 mai, les syndicalistes souhaitent voir les industriels revenir autour de la table de négociations. "Nous souhaitons avoir des perspectives pour ce deuxième trimestre, mais aussi pour les troisième et quatrième trimestre 2009", précise Jean Monxifrot, membre de la FDSEA et de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait). Les éleveurs annoncent des actions à venir (blocages d'usines, de camions…), si les transformateurs ne revoient pas leurs prix à la hausse.
Alors que les producteurs demandent un prix se situant autour de 305 euros/1 000 L pour 2009, les industriels s'orientent plutôt vers la moyenne 2006 (267 euros/1 000 L). "C'est vrai que le marché des PI (produits industriels) est particulièrement dégradé (baisse de 30% des prix). Mais les industriels trouvent ici un prétexte pour imposer des baisses à la production insupportables, alors que les PI ne représentent qu'environ 30% du marché français. Les produits de grande consommation (PGC) vendus en France, qui correspondent à 50% des volumes, affichent des prix en hausse de 9,8% sur un an en grande distribution", chiffre Christophe Berthier, vice-président de la section lait FDSEA. Les 20% de volumes restants sont réalisés sur les PGC exportés.
Les pouvoirs publics également interpellés
Dans leurs revendications, les syndicalistes interpellent également les pouvoirs publics. "Ils ont une large part de responsabilités dans la crise, pour avoir abandonné les outils de régulation du marché indispensables au secteur laitier. L'Etat a aussi libéralisé les négociations commerciales au travers de la LME (Loi de Modernisation de l'Economie)". Enfin, les producteurs souhaitent poursuivre leur mobilisation envers la grande distribution "qui ne cesse de faire pression sur une filière dont le maillon premier est la production".
Plus globalement, les syndicalistes souhaitent que soit poursuivi le travail de fond engagé depuis plus de 10 ans par l'interprofession, pour construire une filière organisée. "La FNPL souhaite mettre en place des systèmes permettant d'éviter les différences de prix entre producteurs. Un travail sur l'identification des produits laitiers français est aussi entamé".
Agnès Cussonneau
Photo : De gauche à droite : Christophe Berthier (vice-président de la section lait FDSEA), Jean Monxifrot (membre de la FDSEA et de la FNPL) et Dominique Langouët (responsable lait Jeunes Agriculteurs).