
Elle n’est pas si lointaine l’époque où l’on distribuait du foin trois fois par jour aux génisses. Aujourd’hui, on parle de distribuer du maïs 3 fois par semaine ou de préparer la ration pour 15 jours. Une évolution à mettre en lien avec la volonté de réduire le travail d’astreinte. En changeant leur système d’alimentation, des éleveurs parviennent à réduire de moitié la charge de travail.
4 à 8 heures par semaine
Car on l’oublie souvent, dans un élevage classique avec vêlage à 29 mois, le nombre de génisses est au moins équivalent au nombre de vaches. D’où un travail d’astreinte d’autant plus lourd que les animaux sont éparpillés dans différents bâtiments, quand ce n’est pas sur plusieurs sites, comme c’est le cas aujourd’hui avec les agrandissements d’exploitation.
La Chambre d’agriculture estime que le temps passé autour des génisses varie de 4 à 8 heures par semaine en hiver. Une autre enquête dans 25 élevages du Finistère (en 2005) fait apparaître un temps de 3 à 4 heures pour 48 génisses. « Les facteurs explicatifs de cette variabilité tiennent à la présence d’animaux d’âge et de poids variables avec des objectifs de croissance différents et donc du nombre de rations à distribuer », expliquent les spécialistes génisses, indiquant que « pour réduire cette astreinte, on peut agir sur plusieurs leviers ».
Performances similaires
Deux expérimentations ont été menées entre 2006 et 2008 à la station de Trévarez sur le thème du nombre de distributions de maïs. En effet, les volumes de maïs distribués l’hiver restent relativement faibles : 1,3 kg de MS maïs/100 kg de poids vif de 4 mois à la mise à l’herbe ; 1 kg MS/100 kg de poids vif pour des animaux de plus d’un an.
La réduction de fréquence de distribution de maïs sur des génisses de 14 à 18 mois n’a pas montré de différence de performance. Le maïs équilibré en azote et AMV était distribué le lundi, mercredi et vendredi ; de la paille à volonté était mise à disposition.
Une seconde expérimentation conduite selon les mêmes modalités sur des génisses de 8 à 11 mois n’a également pas mis en évidence de différence significative de poids entre les lots.
Plusieurs astuces
Avec des systèmes fourragers différents, d’autres solutions existent pour diminuer le temps consacré à l’alimentation des génisses laitières. Comme le dépôt d’une balle d’ensilage d’herbe mi-fanée devant l’auge.
« Si la balle est accessible à tout moment de la journée – avec la ficelle enlevée ! – il n’y a pas de différence d’ingestion entre une balle enroulée et déroulée ». Il faut par contre repousser la balle contre l’auge ou la déposer sur un plan incliné pour rendre le fourrage accessible en permanence. Attention à ne pas transposer la recette avec le foin : des éleveurs observent qu’avec les nouvelles round-ballers haute densité, la préhension du foin par l’animal est parfois difficile, d’où une baisse d’ingestion.
Utiliser la ration mélangée des vaches laitières peut être une autre solution pour réduire la charge de travail. « La génisse devra être rationnée et ne pas doser plus de 100 g de PDI/kg MS », préviennent les conseillers de la Chambre d'agriculture.
Une recette pour les veaux
Pour les jeunes veaux, la station de Trévarez a travaillé sur un mélange contenant 50 % d’ensilage de maïs, 38 % de céréales, 10 % de soja et 2 % d’AMV. Ce mélange est distribué à volonté jusqu’à une consommation maximum de 5 kg/jour. Afin de réduire le temps de préparation, le mélange peut être préparé pour plusieurs jours.
« À Trévarez, nous préparons le mélange dans une remorque mélangeuse prévue pour l’alimentation des vaches. Le mélange est stocké en silo taupinière. Il n’y a pas de reprise de fermentation du fait de la teneur élevée en matière sèche. La ration mélangée est ainsi réalisée pour 15 à 20 jours selon le nombre de veaux à alimenter ».
Didier Le Du
Choisir le fourrage
Plus l’animal est jeune, plus la densité énergétique de la ration doit être élevée. « Partant de cette idée, il est possible de choisir le fourrage à distribuer en fonction de l’âge des animaux », a expliqué Jean-Yves Porhiel, responsable de la ferme de Trévarez, lors d’une journée régionale consacrée à la réduction du travail en élevage laitier. « Du coup, la complémentation ne sera plus obligatoire et la réduction du temps de travail sera significative ».
Il ajoute : « Gagner du temps, c’est aussi avoir un lieu de stockage différent qui permet d’identifier le « bon » produit qui sera distribué aux plus jeunes et le « moyen » aux plus âgés.
L’ensilage d’herbe peut être distribué à volonté, sans complémentation, pour les grandes génisses. À condition toutefois que la qualité du fourrage suive.