
Inutile de le répéter : l’école d’agriculture du Nivot est une institution dans le monde agricole finistérien et plus largement breton. Nombre de responsables professionnels ne manquent pas de souligner ce lien qui les unit, au-delà de ce qui, parfois, les désunit : René Férec, Fanch Palut, Christian Péron, André Menguy, Guillaume Roué, Guy Le Bars, Jacques Jaouen, Jacques Gouérou, Jean-Lou Le Gall, Daniel Picart, Jean Marc Roué… sont tous des anciens. Et bien sûr Alexis Gourvennec, qui déjà inversait les rôles en donnant du fil à retordre aux frères avec sa guerre des frites.
Des chemins inattendus
Mais au-delà des parcours qui débouchent sur les responsabilités professionnelles agricoles, d’autres « anciens » ont emprunté des chemins parfois inattendus. À l’occasion de la sortie du livre « Le Nivot -, 1960-2000 », Hervé Guirriec, enseignant, et Hervé Péron, animateur du rucher-école – deux mémoires de l’institution – , ont fait rasseoir des profils inattendus sur les bancs de l’école.
Régine Eildé illustre assez bien le fait que le Nivot mène à tout… « Je me suis inscrite en filière D’ en pensant devenir vétérinaire », dit cette citadine qui, à sa première rentrée, se trouve plongée dans un univers rural masculin. « J’ai débarqué dans une classe de 33 élèves, dont seulement 3 filles », se souvient celle qui deviendra psychologue. Comme quoi, entre soigner l’âme des hommes et les remèdes de cheval, la frontière est parfois ténue.
Adolescent, Bernard Le Roy était « attiré par un métier des eaux et forêts ». Au Nivot, établissement qui s’élève au milieu des bois, il est servi. Mais après son bac D’, il se tourne vers la médecine. Aujourd’hui, médecin généraliste à Crozon, B. Le Roy consacre son temps libre à la peinture. « La médecine et la peinture sont deux écoles d’humilité. Elles reposent toutes deux sur l’observation », lâche-t-il.
« Éclairez votre chemin »
Comme beaucoup de jeunes de son âge, Jean-Baptiste Le Floc’h a fait le Nivot avec l’objectif de reprendre l’exploitation familiale. Aujourd’hui, il « vit heureux près de ses arbres », comme l’exprime ce tonnelier qui tisse les liens étroits entre la terre et la mer en mettant à l’honneur les chants de marins. « Autant dans le travail du bois que dans la marine à voile, coordonner chant et geste décuple les forces », dit celui qui sacre le chêne roi de la forêt et du voyage. Et d’inviter les jeunes à vivre leur métier avec passion. « Se surpasser est un bon maître dans la vie. Je vous souhaite, en passant par Le Nivot, d’éclairer votre chemin ».
Autre parcours hors des sentiers battus, Hervé Lossec, auteur bilingue, se consacre pleinement à la promotion du breton au sein de Ti Ar Vro Bro Léon et à l’écriture. Celui qui dit « rêver en breton » est l’auteur de grands succès en librairie : « Perles de banquiers » et « Histoire des dominos ». Son art de conteur se retrouve dans ses souvenirs puisés au Nivot, au cœur de l’hiver 63, hiver au cours duquel la piscine découverte s’était transformée en patinoire.
Didier Le Du
Photo : En 1979, le lycée s’ouvre à la mixité. Lors de la présentation du livre, une table ronde « rien qu’avec des filles » a permis – s’il le fallait encore – de démontrer que l’école d’agriculture ouvre des horizons facilement conjugués au féminin.